Des nuances pour réfléchir l’agriculture au Québec

« Il existe au Québec des institutions dont l’intention est de ne pas atteindre cet idéal agricole paysan », souligne l’auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir « Il existe au Québec des institutions dont l’intention est de ne pas atteindre cet idéal agricole paysan », souligne l’auteur.

Dans une série de sept articles publiés en début d’année, Le Devoir présente un portrait des conditions d’élevage industriel au Québec et au Canada. Il est appréciable de voir un média urbain lever le voile sur certaines réalités agricoles trop souvent cachées par un manque de transparence de la part des acteurs de l’industrie.

Cependant, ces articles mettent essentiellement en scène deux camps : celui des tenants de l’agriculture industrielle, ainsi que celui des militants et militantes antispécistes. Cette dichotomie nous semble un problème fondamental, dans la mesure où les postures qui existent entre ces deux pôles s’en trouvent invisibilisées et exclues du débat. Pour l’Union paysanne, cela occulte des nuances essentielles.

D’un côté comme de l’autre, les arguments mis en scène semblent être incapables de dépasser le cadre de leurs propres intérêts. Du côté industriel, l’économie capitaliste contraint la production à s’arrimer à des objectifs de profit, de croissance et de compétitivité internationale, ce qui force une maximisation des rendements au détriment de la qualité des activités à la ferme. À travers l’innovation et l’intégration, les fermes industrielles sont enfermées dans un schéma de production qui les dépossède. Du côté antispéciste, le contexte capitaliste dans lequel les animaux sont placés, qui explique en grande partie leur condition, ne semble pas pris en compte. De plus, le rôle fondamental des animaux dans une ferme est oblitéré.

Pour l’Union paysanne, la question des animaux dans nos modèles alimentaires se trouve à l’intersection de ces perspectives. En effet, il semble très difficile de concevoir un modèle agricole pérenne et acceptable sans animaux. Le rôle des animaux est complémentaire à celui de la production végétale, car ceux-ci permettent entre autres de limiter les intrants extérieurs et de diversifier les sources de protéine. On peut aussi mentionner que ceux-ci sont présents dans la grande majorité des systèmes alimentaires traditionnels et que leur rôle dans les cycles du carbone et du phosphore est important.

Par contre, le modèle actuel, basé sur la spécialisation des productions et sur les rendements à tout prix, est tout simplement inacceptable et devrait absolument être remis en question. Il nous semble incontournable de retrouver des modèles agricoles qui valorisent l’autonomie et la qualité de la production, dans un contexte humain, réfléchi et juste. Dans de tels modèles, le nombre d’animaux par troupeau est grandement réduit, ce qui permet de limiter leur impact environnemental et de les intégrer dans une production diversifiée, qui mène à une alimentation tout aussi diversifiée.

Il existe au Québec des institutions dont l’intention est de ne pas atteindre cet idéal agricole paysan. L’hégémonie du modèle agricole industriel est maintenue en place par l’Union des producteurs agricoles (UPA), ainsi que par l’actuel ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne.

Il ne faut pas se leurrer : les récentes initiatives de ces derniers concernant des considérations soi-disant environnementales sont futiles et insuffisantes et ne semblent qu’avoir pour objectif la continuation du modèle actuel dans une forme légèrement plus acceptable. Cela est totalement insuffisant.

La question complexe du rôle des animaux nécessite un approfondissement important porté par la société dans son ensemble, de la production à la consommation. Pour voir fleurir de nombreuses fermes diversifiées qui traitent les animaux avec respect et les intègrent dans l’écologie de leur ferme, nous en appelons à des états généraux sur l’agriculture.

« Du champ à l’assiette » devrait être plus qu’un slogan marketing.

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