La solidarité persiste-t-elle au XXIe siècle?

« La diversité des points de vue est essentielle pour qu’une société puisse avancer », souligne l’autrice.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne « La diversité des points de vue est essentielle pour qu’une société puisse avancer », souligne l’autrice.

Une solidarité entre citoyens, c’est une valeur importante qui fait que les gens se sentent interpellés par leurs concitoyens, leurs besoins et leurs limites. C’est grâce à la solidarité entre citoyens, avec leurs proches, avec leurs voisins, qu’il peut y avoir de l’entraide.

À mes yeux, la solidarité est la valeur qui permet de faire concrètement une société. Mais quand la société se voit divisée en « clans » aux relations difficiles, voire impossibles — certains clans voyant dans les autres des membres dangereux —, la solidarité ne peut plus se vivre entre citoyens, voire avec leurs proches.

De plus, sans solidarité, est-il possible de croire qu’une société valorise, dans le cadre de la vie quotidienne, l’égalité entre les citoyens ?

Cela soulève la question de la liberté à laquelle la défense des droits individuels est généralement associée. Cette liberté ne devrait-elle pas être modulée par la question de l’égalité entre les citoyens ? À titre d’exemple, la liberté des personnes riches est très différente de celle des personnes dont les ressources sont limitées ; une personne riche pouvant s’offrir certains services, ce qui n’est pas le cas des autres.

Abandonner la solidarité et l’égalité, qu’est-ce que ça signifie concrètement pour chacun de nous ? À mon avis, ça veut dire qu’on abdique à « faire société ». Est-ce que ça veut dire qu’on laisse aller des relations agressives, des relations violentes, comme on peut l’observer dans certains quartiers des grandes villes ? Pour moi, ça signifie que la loi de jungle prévaudra, comme dans ce climat de violence qui fait qu’on ne compte plus les incidents avec armes à feu à Montréal depuis quelques mois. On peut voir là une dégénérescence de civilisation. La civilisation, à mes yeux, c’est ce que permettent la collaboration et l’entraide, dans une atmosphère pacifique en vue de concrétiser des projets répondant aux besoins d’un groupe ou d’un milieu.

Toutefois, on le sent partout, beaucoup de gens sont présentement en colère, se permettent d’agresser les autres, ceux qui ne partagent pas leur position, que ce soit des membres d’un autre groupe, ou encore des proches, et ce, parce qu’ils ne partagent pas leurs positions. Comme si ce désaccord en faisait forcément des ennemis.

Se positionner de cette façon, c’est dire clairement que les valeurs de liberté de pensée et de liberté d’expression sont des dangers sociaux. Mais au nom de quoi est-ce que ça pourrait être un danger ? Après tout, les droits et libertés ne sont-ils pas inhérents au système démocratique dans lequel nous sommes censés vivre ?

« Faire société », c’est accepter les différences entre les individus. Cette acceptation est le garant de la coopération entre les membres d’un groupe, une coopération qui est par ailleurs indissociable de la solidarité.

La diversité des points de vue est essentielle pour qu’une société puisse avancer. Je suis de ces personnes qui croient que « du choc des idées jaillit la lumière ». Mais cela ne peut se concrétiser dans une société qui ne croit qu’en l’unanimité de pensée.

Des sociétés totalitaires ont permis de démontrer que l’unanimité de pensée représentait souvent un frein à la solidarité et à l’entraide. Cela ne donne pas une société agréable à vivre, mais plutôt une société qui stagne et qui favorise la délation des voisins, voire des parents.

Ne sommes-nous pas rendus au moment où, comme société, nous sommes placés devant un défi : celui de prendre les moyens nécessaires pour « refaire société », pour que les obstacles à la coopération soient levés ? Sans quoi, il n’y aura plus de solidarité, et le XXIe siècle pourrait fort bien s’avérer étouffant.

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