Donner raison aux détracteurs des COP?

« Dans les aires communes, à Charm el-Cheikh, on entendait des participants verbaliser leur incertitude quant à l’idée de se rendre à Dubaï en 2023 », rapporte l’autrice.
Photo: Ahmad Gharabli Agence France-Presse « Dans les aires communes, à Charm el-Cheikh, on entendait des participants verbaliser leur incertitude quant à l’idée de se rendre à Dubaï en 2023 », rapporte l’autrice.

Avec l’annonce de la présidence de la prochaine COP28, il y a de quoi considérer qu’on ajoute « l’insulte à l’injure » : la tenue de l’événement aux Émirats arabes unis (EAU) faisait déjà sourciller, et voilà que sa présidence sera assurée par le p.-d.g. de la société pétrolière ADNOC, le sultan Ahmed al-Jaber (également ministre émirati de l’Industrie et envoyé spécial des EAU pour les changements climatiques).

La présence grandissante de l’industrie pétrolière dans ces événements de négociations a fait l’objet de récriminations. Le Canada n’a pas non plus été avare de convocations à l’endroit des représentants canadiens de l’industrie au sein de sa délégation nationale lors de la COP27. Depuis l’an 2000, l’industrie des hydrocarbures contribue, bon an, mal an, à une moyenne de 5 % du PIB canadien. Ceci explique probablement cela.

Aux EAU, monarchie constitutionnelle fonctionnant sous un modèle fédératif réunissant sept émirats/sultanats, l’industrie des hydrocarbures compte pour 32 % du PIB, selon des données de 2020. Pourrons-nous réellement croire à une présidence garante de progrès pour la lutte contre les changements climatiques ? Permettez-moi d’en douter.

Quelle légitimité pour cette COP prévue dans un peu plus de 10 mois dans ces circonstances ?

Présente à la COP27 il y a tout juste trois mois, j’ai trouvé difficile (pour ne pas dire autrement) de constater l’omniprésence de cette industrie et les dimensions indécentes de quelques pavillons, en tête de palmarès, émiratis et saoudiens. Je suis de ceux qui s’inquiètent de la tenue de cette conférence — pour une deuxième année consécutive — dans un pays du Moyen-Orient qui compte une richesse nationale disproportionnellement acquise par l’offre commerciale d’hydrocarbures.

Il faut rappeler que, cet automne, des délégations — notamment celles de l’Inde, de l’Union européenne et des États-Unis, mais pas du Canada — avaient soutenu une résolution « appelant à une réduction de la production d’hydrocarbures ». Or, sous la présidence égyptienne, les négociations s’y rapportant n’ont pu progresser. La possibilité que se produise à nouveau « de l’obstruction » pour empêcher de faire progresser les dossiers, dans les circonstances actuelles, est à mon humble avis bien réelle.

Un « plan B » pour la présidence de la COP28 s’impose, mais comment les États doivent-ils s’y prendre ?

Sans prétendre qu’un bouleversement complet est requis, je souligne tout de même que cette nomination peu scrupuleuse n’est pas « coulée dans le béton ». En effet, si les pays hôtes des COP choisissent habituellement un diplomate aguerri pour mener ces négociations ardues, il demeure que cette présidence doit être confirmée par les délégués dès le début des négociations et, habituellement, sans objections.

Dans les aires communes, à Charm el-Cheikh, on entendait des participants verbaliser leur incertitude quant à l’idée de se rendre à Dubaï en 2023, et tous les arguments au « boycottage » sont valables.

Il incombe aux pays du monde entier de mettre en branle leur diplomatie et de ne pas attendre l’ouverture de la conférence en novembre prochain pour s’assurer que la présidence soit assurée par une personne — émiratie certainement — plus éloignée du pouvoir pétrolier.

Est-ce que cette proposition est naïve ? Peut-être. Voilà en tout cas une occasion pour le Canada — qui se prétend « leader » dans à peu près tous les domaines — de montrer de quelle étoffe il se drape : si on se fie au comportement du gouvernement canadien durant la COP27 et à ses décisions incongrues à propos de Bay du Nord et de la mise aux enchères de permis d’exploration sur les côtes maritimes avoisinantes (oui, en pleine deuxième semaine de la COP27 !), mieux vaut ne pas retenir son souffle…

Je vous invite à réfléchir aux conséquences du discrédit fort probable qui serait jeté sur ces conférences s’il advenait que de telles démarches diplomatiques ne soient pas envisagées.

L’état de la planète ne nous donne pas le luxe d’attendre, et il est certainement légitime que les citoyens du Québec et du Canada puissent compter sur de pareils efforts diplomatiques de la part du fédéral.

À vous de jouer, M. Guilbeault : à titre de ministre de l’Environnement et du Changement climatique, montrez-nous votre capacité d’influence au cabinet de votre chef !

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