Déconstruire l’école à trois vitesses au Québec

« Il est de notre devoir, collectivement, de proposer des changements structurels qui permettront aux directions d’exercer pleinement leur leadership pour l’équité et la justice sociale », estiment les autrices.
Photo: Marie-France Coallier archives Le Devoir « Il est de notre devoir, collectivement, de proposer des changements structurels qui permettront aux directions d’exercer pleinement leur leadership pour l’équité et la justice sociale », estiment les autrices.

Depuis 2018, nous offrons un cours obligatoire sur le leadership d’équité et de justice sociale destiné aux directions et futures directions d’école. L’objectif, pour nos étudiantes et étudiants, est de développer des connaissances et des compétences leur permettant de réduire les inégalités scolaires entre les élèves, notamment dans les écoles défavorisées et pluriethniques.

Lors des travaux à réaliser au cours de la session, les directions doivent choisir un type d’inégalités scolaires observé dans leurs écoles, lire des articles scientifiques sur le sujet et, finalement, créer un projet scolaire à mettre en place pour réduire les injustices. En guise d’exemples, certains choisissent de travailler sur les inégalités vécues par les élèves récemment immigrés ne parlant pas le français ou les élèves réfugiés, d’autres sur l’inclusion des élèves LGBTQ+ ou encore sur la déconstruction des préjugés et fausses croyances envers les élèves et les parents de milieux défavorisés.

Or, plusieurs choisissent chaque année de se pencher sur le système scolaire à trois vitesses, composé des programmes sélectifs offerts dans le réseau public, des écoles privées et des programmes traditionnels offerts au public. Quelle n’est pas leur surprise de constater que des chercheuses et chercheurs documentent déjà depuis de nombreuses années l’effet néfaste de cette structure scolaire qui contribue à accroître les inégalités et le fossé entre les élèves des cours traditionnels et les élèves ayant accès aux programmes sélectifs ou aux écoles privées.

Ils découvrent que les probabilités d’accéder à l’université sont plus élevées pour les élèves ayant fréquenté des programmes sélectifs au public ou des écoles privées comparativement à ceux ayant fréquenté des programmes traditionnels. Les directions sont surprises d’apprendre que favoriser la mixité sociale entre les élèves contribue à réduire les écarts et les inégalités entre eux. Certains prennent conscience que plusieurs élèves nouvellement arrivés en 5e ou 6e année ne peuvent pas accéder aux programmes sélectifs au secondaire parce qu’ils n’ont pas eu de bulletin au début de leur parcours, comme ils ont d’abord fréquenté des classes d’accueil.

Lorsqu’ils doivent créer un projet à mettre en place dans leurs écoles pour tenter d’amoindrir ces dynamiques du système scolaire et de ségrégation des élèves, ils nous racontent se sentir relativement limités dans leurs capacités d’action à cause du manque d’appui du ministère et des centres de services scolaires sur cette question et à cause de la parentocratie, à savoir les demandes accrues de parents scolarisés pour que leur enfant puisse fréquenter un programme sélectif avec des « pairs du même niveau ».

Malgré l’inaction politique, des directions élaborent des projets audacieux pour ébranler, au sein de leur école, le marché scolaire, par exemple en déségréguant les groupes classes. Mais elles savent bien que ce n’est pas suffisant ! Avant que ne s’amorcent sous peu les forums Parlons éducation, nous pensons qu’il est important que cette question soit traitée, médiatisée et politisée et que des états généraux sur l’éducation soient tenus dans un avenir rapproché.

Il est de notre devoir, collectivement, de proposer des changements structurels qui permettront aux directions d’exercer pleinement leur leadership pour l’équité et la justice sociale.

À voir en vidéo