Redonner ses lettres de noblesse au Mont-Sainte-Anne

« Le mont Sainte-Anne est la plus belle montagne de l’est de l’Amérique du Nord », souligne l’auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir « Le mont Sainte-Anne est la plus belle montagne de l’est de l’Amérique du Nord », souligne l’auteur.

Le mont Sainte-Anne est la plus belle montagne de l’est de l’Amérique du Nord. Un joyau. Depuis la vente de la station à Resorts of the Canadian Rockies (RCR), le joyau a perdu de son éclat. Était-ce un bon deal ? Qui aurait pu le savoir il y a 20 ans… Aujourd’hui, tous les doutes se sont dissipés : le deal ne fonctionne pas.

Ce constat établi, on fait quoi maintenant ? La liste des infrastructures laissées à l’abandon par RCR depuis l’acquisition de la montagne est trop longue pour en faire mention ici, mais peut se résumer ainsi : la télécabine tombée le 10 décembre dernier n’est que la pointe de l’iceberg du sous-investissement qui a cours depuis l’arrivée de RCR.

À l’instar d’autres montagnes, le Mont-Sainte-Anne, à quelques kilomètres de Québec, possède un immense avantage : un vaste bassin d’abonnés réguliers plutôt insensibles au prix, qui est en croissance de surcroît. Des propriétaires de résidences secondaires, de nombreux parents et enfants membres des clubs de ski (qui comptent parmi les plus importants du Québec).

Ces abonnés sont en quelque sorte captifs de cette montagne et de son opérateur. RCR peut compter sur eux pour remplir ses coffres année après année ; peu importe la qualité de sa prestation. C’est un euphémisme de dire que RCR abuse de cette situation. J’y skie depuis mon enfance et ma progéniture y a fait ses débuts.

J’observe les sous-investissements et le manque de vision de RCR depuis deux décennies. Voir RCR démolir notre belle montagne me peine au plus haut point. C’est le supplice de la goutte. La différence, c’est qu’on est en quelque sorte notre propre bourreau. Au diable l’expérience client ! On pardonne, on tolère, on endure, on chiale, mais… on revient toujours au bercail. L’amour inconditionnel, j’imagine.

Boycottage

Collectivement, on trouve ce qui se passe inacceptable. La montagne et la communauté méritent mieux. Toutefois, individuellement, peu d’abonnés semblent prêts à changer leurs habitudes. J’ai entendu toutes les raisons pour excuser RCR et tolérer encore un an ou deux de plus ce désolant spectacle. Même quand notre propre sécurité est en jeu, les amoureux de cette belle montagne répondent présents par milliers. Quand l’amour rend aveugle…

Certes, une résistance s’organise. Des voix s’élèvent contre RCR : l’OBNL Les Amis du Mont-Sainte-Anne, les signataires de pétitions pour exiger un changement d’opérateur, le groupe Dynamisons le Mont-Sainte-Anne, Mouvement Mont-Sainte-Anne, etc. Tous sont désireux de redorer le blason de la montagne. Dans les faits, ces voix ont généré du bruit localement, mais peu d’effets concrets.

La seule véritable option : cesser d’engraisser RCR jusqu’à ce qu’un nouvel opérateur digne de ce nom vienne le remplacer. C’est la seule manière concrète d’espérer voir des changements durables et de corriger cette erreur de parcours. Cela implique des sacrifices et des changements d’habitudes. C’est le prix à payer pour que notre joyau retrouve son lustre.

Il en revient à la communauté du Mont-Sainte-Anne de se serrer les coudes et d’agir de manière cohérente à la hauteur de ses propres aspirations. Il est temps de prendre un pas de recul pour sauter par-dessus le mur dressé devant nous plutôt que de foncer dedans la tête première. Le statu quo n’est plus envisageable.

Je considère avoir assez donné à RCR. La confiance n’y est plus. Les promesses non tenues, l’expérience client inégale, dangereuse et imprévisible ont eu raison de ma fidélité. Je reviendrai au Mont-Sainte-Anne quand la station sera gérée adéquatement, à la hauteur du prix demandé pour un abonnement familial. On a tous notre rôle à jouer pour redonner au Mont-Sainte-Anne ses lettres de noblesse, et cela commence peut-être par cesser d’y mettre les pieds.

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