Quel avenir pour les 214 églises de Montréal?

« Les Montréalais sont attachés à leurs églises, même s’ils n’y entrent jamais. Elles font partie du paysage urbain », affirme l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Les Montréalais sont attachés à leurs églises, même s’ils n’y entrent jamais. Elles font partie du paysage urbain », affirme l'auteur.

Le 24 décembre dernier, nous avons pu voir un regain de fréquentation dans nos églises. Trois ans de pandémie ont fait déserter un peu plus nos églises et certains étaient heureux de les retrouver.

Bien sûr, on est venu pour faire plaisir à la grand-maman avant le réveillon, ou par habitude, ou encore parce que la messe de Noël est si belle avec ses chants… Mais ce regain d’intérêt ne remplira pas nos églises à l’année.

Les Montréalais sont attachés à leurs églises, même s’ils n’y entrent jamais. Elles font partie du paysage urbain. À Rosemont, par exemple, l’église Saint-Esprit, en rénovation depuis plusieurs années, a enfin retiré les bâches et les échafaudages qui cachaient sa façade. Et de nombreux habitants expriment leur joie de revoir « leur » église. On entend de plus en plus parler de vente d’églises. Et souvent la population s’élève contre ce qu’elle juge impensable.

La Ville ne peut aider ce patrimoine religieux qui nécessite de nombreux travaux. Et les paroisses ont subi des impacts financiers à la suite des fermetures en raison de la pandémie.

Nous nous retrouvons comme société devant un dilemme : comment continuer à rendre vivant ce patrimoine cher à nos concitoyens alors que les églises sont vides ? Et pourquoi les responsables de ces églises doivent-ils restaurer un patrimoine montréalais ? La solution ne serait-elle pas de « rendre ces bâtiments » à la population ?

L’église Saint-Esprit de Rosemont, par exemple, a été présente à chaque événement de l’histoire des habitants du quartier. D’abord en les accompagnant dans les diverses étapes de leur vie (mariages, baptêmes, enterrements…). Mais, depuis plusieurs années, le bâtiment est devenu de plus en plus incontournable, comme lors des « ventes trottoir » ou lors de divers événements culturels… Et il sera encore plus présent après les rénovations prévues dans la rue Masson.

En rénovation pendant plusieurs années, la façade de l’église Saint-Esprit de Rosemont a été rendue aux nombreux passants de la rue Masson. Les travaux de cette église patrimoniale, qui possède en son sein un magnifique orgue Casavan et de splendides vitraux, auraient dû être terminés depuis plusieurs mois. Mais ils ont été retardés à cause des confinements successifs dus à la pandémie de COVID-19 et de toutes les « surprises » que l’on finit toujours par avoir lorsqu’on se lance dans ce type de rénovation.

Ce n’est toutefois pas seulement la façade qui sera rendue à la population. Les responsables de l’église veulent, en quelque sorte, redonner l’usage de ses locaux aux habitants.

Plusieurs locaux non utilisés peuvent être loués à des organismes communautaires. Près de 6000 pieds carrés en sous-sol pourraient aussi servir à un projet communautaire ou culturel de plus grande envergure… Et l’église elle-même, qui accueille déjà des concerts, pourrait en semaine accueillir des activités de la communauté ou être le théâtre du quartier…

Bref, il s’agit d’un projet de « pôle communautaire et culturel » qui pourrait peut-être y grandir petit à petit. Ainsi, la population ne verrait pas seulement un lieu de culte, mais un bâtiment qui lui est ouvert au coeur du quartier.

Ce projet nécessite la collaboration de beaucoup de partenaires. Nous devrons trouver des aides financières, des locataires, des organismes prêts à porter ce projet avec nous. Mais, surtout, nous comptons sur l’intérêt de la population du quartier, des usagers de la rue Masson qui pourront s’approprier des espaces qui, nous l’espérons, seront de plus en plus vivants.

Et peut-être que, dans ces conditions, la Ville pourrait aider non pas le lieu de culte, mais le pôle artistique et communautaire.

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