Le «Bye bye» des autruches

« Si [la crise environnementale] est aussi absente ou encore traitée de manière si superficielle, il faut sans doute comprendre que les organisateurs du
Photo: Étienne Ravary Le Devoir « Si [la crise environnementale] est aussi absente ou encore traitée de manière si superficielle, il faut sans doute comprendre que les organisateurs du "Bye bye" n’ont aucune affinité avec le sujet et visiblement aucun désir d’en approfondir leurs connaissances », dénonce l'autrice.

Cette année encore, on aura eu droit à un autre Bye bye qui se fiche complètement de la crise environnementale. Heureusement qu’Infoman est plus ancré dans la réalité de son époque, autrement on croirait aux revues de l’année d’une société d’autruches. Ce n’est pourtant pas comme si on avait manqué de matériel.

Si cette réalité est aussi absente ou encore traitée de manière si superficielle, il faut sans doute comprendre que les organisateurs du Bye bye n’ont aucune affinité avec le sujet et visiblement aucun désir d’en approfondir leurs connaissances. En 2022. C’est plutôt troublant.

Cette crise fait pourtant partie de l’actualité plus que jamais et nous concerne tous. Plusieurs fois cette année, des milliers de Québécois se sont levés pour manifester ou pour se battre contre les décisions et les prises de position aberrantes de nos gouvernements (qui elles aussi devraient se retrouver dans une revue de l’année, tant elles ont été absurdes).

Parmi les événements frappants, il y aura eu les échecs de la COP27 et de la COP15. Le métro qui en arrache et le désintérêt total du gouvernement envers le transport en commun. Le transport interville qui devient une risée. Le flop du REM et de son projet d’aménagement périmé. Notre ridicule ministre québécois de l’Environnement qui affirme qu’il est impossible d’en faire plus et qui voit la crise comme une occasion d’affaires. La montée des achats de VUS. Le traitement lamentable du dossier du caribou. Le projet de pétrole annoncé et défendu par notre ministre fédéral de l’Environnement. Le blocage d’un pipeline par des manifestants québécois. La manifestation de milliers de personnes devant l’Assemblée nationale pour la fête des mères. Celles de l’automne. La montée phénoménale de l’utilisation du vélo. Le troisième lien, dont il n’y a eu aucune mention cette année, malgré le fait que ce soit encore tout à fait d’actualité.

Même le dossier de la fonderie Horne, dont il a été question, n’a été moqué que de manière très superficielle, ne mentionnant nulle part tous les gens qui se sont impliqués dans le dossier et les stratégies de peur utilisées (avec succès) par le gouvernement. Mais où sont les gens qui ne sont pas indifférents à cette crise, dans le scénario du Bye bye ? Ils n’existent pas.

Pourtant, deux choses deviennent de plus en plus claires : les changements politiques et sociaux qui devraient s’opérer; et aussi prendre conscience du fait que pour bouger plus rapidement, tout le monde doit se sentir concerné. Particulièrement les gens avec une tribune.

Il y a quelque chose de tellement déprimant et de lassant dans ce déni du contexte dans lequel on se trouve. C’est entre autres pourquoi j’ai pris une pause dans mon implication citoyenne face à cette cause : partout, on demande à la société civile de s’impliquer pour nous sortir de cette impasse politique. Or, quand on le fait, on frappe un mur de déni médiatique et d’inaptitude collective à soutenir ceux qui s’impliquent. Ce qu’on demande aux gens, finalement, c’est de pédaler dans le vide.

Je nous souhaite une année 2023 bien différente de tout cela. Une année positive, intelligente, celle d’un véritable éveil collectif. Une année ancrée dans le réel, dans l’action et dans le soutien de l’action. Et je nous souhaite un bien meilleur Bye bye l’année prochaine.

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