Il faut sauver la plus ancienne cloche d’église de Montréal

« La fabrique de l’église de la Visitation du Sault-au-Récollet se trouve donc dans l’impossibilité de racheter séparément sa cloche et de la rapatrier chez elle », rapporte l'auteur.
Photo: Jocelyn Duff « La fabrique de l’église de la Visitation du Sault-au-Récollet se trouve donc dans l’impossibilité de racheter séparément sa cloche et de la rapatrier chez elle », rapporte l'auteur.

L’une des plus vieilles cloches d’Amérique du Nord pourrait bien quitter le Québec. Elle date de 1732. Disparue il y a trente ans, elle a été retrouvée presque « miraculeusement » dans la cour d’un recycleur de métaux de Rivière-du-Loup.

L’objet patrimonial constitue la pièce vedette d’une collection de centaines de cloches d’église, de navire et de train accumulées au fil des ans par un amateur d’art campanaire, aujourd’hui décédé. La succession familiale cherche à vendre en bloc le lot entier.

La fabrique de l’église de la Visitation du Sault-au-Récollet se trouve donc dans l’impossibilité de racheter séparément sa cloche et de la rapatrier chez elle. C’est pourquoi elle déposait une demande de classement urgente auprès de la précédente ministre de la Culture, Nathalie Roy, mais qui est restée sans réponse.

La nomination de Mathieu Lacombe à titre de nouveau ministre de la Culture fait espérer l’obtention rapide d’un avis de classement qui protégerait ce bien patrimonial inestimable. Cette procédure obligerait le détenteur actuel, Les carillons touristiques de Rivière-du-Loup, à prendre des mesures de protection adéquates et à empêcher sa vente à un acheteur de l’extérieur du Québec.

Cette cloche a une histoire riche en rebondissements. Déjà au XIXe siècle, le curé Charles-Philippe Beaubien l’avait sauvée in extremis des rebuts. Son prédécesseur l’avait mise au rancart parce qu’elle donnait une note trop vieillie à son goût. La cloche de « deux cents livres » aurait sonné dans la chapelle du fort Lorette, la mission d’évangélisation des Autochtones située autrefois sur le site voisin de l’église. Les cloches datant du Régime français sont rarissimes, même en France où un bon nombre d’entre elles ont été fondues pour fabriquer des munitions durant la guerre.

D’ailleurs, le fondeur Pierre Paccard a visité Les carillons touristiques de Rivière-du-Loup, il y a quelques années. L’homme souhaitait enrichir sa collection d’anciennes cloches françaises pour le musée d’Annecy. Rien de très rassurant. Aussi, lorsque la propriété des cloches de l’église Saint-Philippe de Trois-Rivières a fait l’objet d’un litige, le représentant des Carillons touristiques déclarait que les cloches trifluviennes pourraient reprendre la direction de la France.

Le classement par le ministre Mathieu Lacombe constituerait un geste fort. Premièrement, il montrerait que les objets patrimoniaux significatifs pour une collectivité font partie de son héritage et qu’il est transmissible aux générations futures. Sa place n’est certes pas dans une cour privée exposée aux intempéries.

Deuxièmement, le classement lui redonnerait officiellement son identité perdue, ce qui rendrait plus difficile au détenteur actuel d’en contester l’origine. La prescription prévue au Code civil pour déclarer un objet perdu ou volé est de trois ans. Après ce délai, le propriétaire du bien se trouve doublement lésé, parce qu’il doit effectuer lui-même ses recherches sans l’aide des corps policiers.

Un objet patrimonial de portée nationale ne devrait pas être placé face à la loi sur un pied d’égalité avec une bicyclette. Nous espérons que le ministre Mathieu Lacombe saura émettre prochainement un avis de classement favorable pour protéger ce trésor de la Nouvelle-France.

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