L’alcool dans nos vies est aussi une responsabilité de l’État

«Le gouvernement ne peut plus se permettre de mousser directement ou indirectement la vente d’alcool et de laisser autant de place à la promotion d’un produit dont il paye chèrement les conséquences», écrit l’autrice.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Le gouvernement ne peut plus se permettre de mousser directement ou indirectement la vente d’alcool et de laisser autant de place à la promotion d’un produit dont il paye chèrement les conséquences», écrit l’autrice.

Dans la foulée de la sortie, mercredi, sur Tou.tv, du documentaire Péter la balloune du journaliste Hugo Meunier, celui-ci répond par l’affirmative à la question « est-ce que le Québec boit trop ? ». Nul doute que cette substance est largement consommée et acceptée au Québec. À tel point que les personnes qui choisissent de ne pas boire d’alcool témoignent de la pression qu’elles subissent pour le faire ou du besoin constant de se justifier. La question « boit-on trop comme individu, comme société ? » mérite donc que l’on s’y attarde.

La sortie de M. Meunier fait aussi écho au rapport sur les repères canadiens sur la santé et l’alcool déposé il y a quelques semaines. Personne ne s’attendait à ce que la science ait un verdict aussi dur : les impacts négatifs de l’alcool sur la santé augmentent avec chaque verre et ils sont déjà considérés comme élevés à partir de sept consommations par semaine.

On est loin des recommandations auxquelles nous sommes habitués depuis plus de 10 ans et qui, avouons-le, nous permettent de nous offrir beaucoup d’alcool, presque tous les jours, sans nous sentir coupables. Bref, comme on aime bien l’alcool, il faut se donner le temps de digérer l’évolution de la science.

S’il est sage de saisir cette occasion de réflexion sur les risques à la santé que chacun accepte de prendre et, au besoin, ses raisons de consommer, il ne faudrait pas écarter l’introspection que devra aussi faire le gouvernement québécois en matière d’alcool ! C’est pour nous un aspect essentiel du discours de M. Meunier. Consommer de l’alcool en petite ou en grande quantité ou ne pas le faire du tout n’est pas seulement une question de choix individuel. L’environnement qui nous entoure influence nos décisions et nos désirs, qu’on le veuille ou non.

Actuellement, la production d’alcool est une industrie que l’État subventionne et soutient. C’est également un produit qu’il promeut massivement par le biais de la Société des alcools du Québec (SAQ). Par ses lois, le gouvernement accepte aussi que le public, y compris les enfants, les jeunes et les personnes en situation de dépendance, soit envahi de publicités et de promotions invitant à boire.

Les médias sociaux et traditionnels regorgent de publicités mettant en valeur l’alcool, tout comme nos rues, nos abribus, nos autoroutes, les allées des commerces et leurs vitrines. Québec permet même l’offre d’alcool gratuit ou réduit par le biais de la carte de fidélité Inspire. En somme, le gouvernement n’est pas un acteur secondaire dans cet enjeu sociétal et il faut en parler davantage.

Cela dit, pour un gouvernement, être impliqué dans une problématique veut également dire qu’il a le pouvoir de faire partie de la solution. Il peut notamment réduire la présence de publicités dans les lieux publics qui ne sont pas réservés aux adultes en revoyant les règles de publicités autorisées par la Régie des alcools, des courses et des jeux et en s’inspirant de ses propres actions encadrant le tabac et le cannabis.

Il peut aussi revoir la mission économique de sa société d’État qu’est la SAQ. Pour obtenir un portrait juste des profits de cette dernière, il faut aussi considérer les coûts des méfaits de la promotion et de la consommation d’alcool assumés, entre autres, par le système de soins et de services sociaux, la sécurité publique et l’assurance automobile. Ainsi, le marché de l’alcool n’est peut-être pas aussi lucratif qu’il y paraît. Si une société d’État est utile pour encadrer la vente d’un produit néfaste à la santé, la promotion qu’elle en fait ne l’est pas.

Le gouvernement ne peut plus promouvoir directement ou indirectement la vente d’alcool et laisser autant de place à la promotion d’un produit dont il paye chèrement les conséquences. Il doit être un acteur de transformation de la norme sociale. Sans démoniser ni bannir l’alcool, les données sont claires : on doit cesser de promouvoir sa consommation et de la banaliser.

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