Abolissons le vieux mode de scrutin britannique

Le mode de scrutin britannique en vigueur chez nous date de 1792, rappelle l’auteur.
Graham Hughes La Presse canadienne Le mode de scrutin britannique en vigueur chez nous date de 1792, rappelle l’auteur.

En présentant son projet de loi sur l’abolition du serment obligatoire au monarque anglais pour les députés de l’Assemblée nationale du Québec, le ministre responsable des Institutions démocratiques, Jean-François Roberge, a présenté cette réforme comme « un geste d’affirmation nationale et de modernité pour les démocrates québécois ».

Très bien. Nous prenons acte des propos du ministre qui s’est dit malgré tout « bien conscient qu’il s’agit avant tout d’un symbole ». Un symbole important néanmoins puisqu’il a perduré pendant plus de 260 ans et qu’il a forcé des centaines d’élus à aller à l’encontre de leurs convictions et leur devoir démocratique envers le peuple souverain !

Devant cette rapide prise de conscience du gouvernement Legault portée par un appui majoritaire de la population envers le changement réclamé, comment ne pas maintenant inciter les membres de l’Assemblée nationale, en particulier les troupes du premier ministre et du chef de l’opposition officielle, à prouver encore plus concrètement leur attachement à la modernité, à la démocratie et à la nation en reprenant la réforme amorcée dans la législature précédente pour abolir le vieux mode de scrutin britannique en vigueur chez nous depuis 1792.

Dans ce dossier aussi, il faut le souligner à grand trait, la majorité de la population est d’accord avec le changement réclamé, surtout depuis la prise de conscience provoquée par les plus grandes distorsions électorales de notre Histoire survenues le 3 octobre dernier. On doit se souvenir qu’à la fin des années 1960, le grand René Lévesque avait accusé le système hérité du colonialisme anglais d’être « démocratiquement infect ».

Après lui, trois autres premiers ministres, Bernard Landry, Jean Charest et François Legault, avaient promis, la main sur le coeur, que l’élection qui allait survenir serait la dernière avec ce mode de scrutin désuet conçu pour un échiquier parlementaire de deux partis politiques. On connaît malheureusement la suite peu glorieuse. Incidemment, de tous ces dirigeants de la nation, il faut savoir et se rappeler que François Legault a été celui qui a promis le plus et qui a dénoncé publiquement le plus souvent le statu quo, faisant siens plus d’une fois les propos accablants de René Lévesque.

Lors de la dernière campagne électorale, le premier ministre, qui avait renié à la fin de 2021 son engagement et sa signature apposée sur une entente transpartisane historique à l’Assemblée nationale en mai 2018, a promis de ne plus ramener cette réforme devant le Parlement !

Mais cette promesse est indigne d’un chef politique qui se prétend démocrate, obsédé par la modernité et l’affirmation nationale, et désireux d’être en phase avec la majorité de son peuple. Aussi, comme il a choisi d’abolir le serment d’allégeance à la couronne britannique alors qu’il n’avait rien promis à ce sujet pendant la dernière campagne électorale, nous réclamons de lui qu’il honore la parole donnée en 2018 et tous les propos qu’il a tenus, depuis 2015, contre le système électoral en place.

Un mode de scrutin est beaucoup plus qu’un symbole ! C’est la façon première et fondamentale qui permet aux citoyennes et aux citoyens d’être justement représentés en fonction de leurs différentes préférences idéologiques. C’est la façon de s’assurer qu’une véritable démocratie représentative existe chez nous et que l’Assemblée nationale organise le bien commun en tenant compte des intérêts autant que des besoins de toutes et tous.

En octobre 2020, une majorité de députés ont voté en faveur du changement promis. Ils devaient ensuite ensemble étudier les améliorations préparées par les trois partis qui ont voté en faveur du principe de la réforme. Puis, il y aurait eu un dernier vote parlementaire qui aurait été suivi d’un vote référendaire du peuple pour ratifier le nouveau système mis en place.

Ce sont ces étapes finales et cruciales qui ont été torpillées sous de faux prétextes et des mensonges.

Mais, pour le bien de la démocratie, de la modernité et de l’affirmation nationale, le premier ministre doit revenir sur son reniement. Il doit faire le nécessaire pour que cet autre vestige colonial pernicieux disparaisse une fois pour toutes et que le Québec rejoigne enfin le club des nations modernes qui, avec des modes de scrutin de type proportionnel, font la démonstration constante que l’on peut conjuguer une vraie démocratie représentative avec une gouvernance efficace, une grande stabilité politique et un niveau de vie élevé.

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