Une immigration nécessaire

La richesse de la mixité et de l’ouverture à l’autre devrait nous guider pour favoriser l’accueil des personnes immigrantes, c’est réellement une «valeur ajoutée».
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La richesse de la mixité et de l’ouverture à l’autre devrait nous guider pour favoriser l’accueil des personnes immigrantes, c’est réellement une «valeur ajoutée».

Avez-vous remarqué la présence de nombreux visages de personnes issues de la migration des dernières décennies dans tous les aspects de nos vies ? Avez-vous pris conscience de l’apport incroyable de toutes ces nouvelles ethnies qui sont venues au Québec pour une vie meilleure pour leurs enfants ? Reconnaissez-vous l’importance de cet afflux de nouvelles personnes qui veulent contribuer à notre bien-être commun et qui acceptent de partager leurs cultures, leurs compétences et leurs nouvelles idées pour notre avancement comme société ?

J’ai été exposé très tôt à ce qu’on appelait le « choc des cultures ». Dès mon jeune âge, pour moi, ce fut plutôt un enrichissement formidable qui a contribué à ma qualité de vie et à mon épanouissement personnel, jamais un choc, jamais un frein à ma culture, bien au contraire.

D’abord, dans ma vie, il y eut les anglophones et les Syriens de Grand-Mère qui furent parmi mes meilleurs amis de jeunesse et qui m’ont ouvert très tôt à d’autres univers et au rêve d’en découvrir plus encore sur d’autres peuples dans le futur. Ce furent d’ailleurs les patrons de mon père (arabes et anglophones) à l’usine qui offrirent de payer mes études au Séminaire pour m’ouvrir d’autres portes dans l’avenir…

Puis, il y a eu des professeurs récemment immigrés, français et belges d’ailleurs, qui m’ouvrirent à la mentalité et à des cultures européennes et qui suscitèrent ma curiosité face aux gens de ce continent de nos ancêtres. On les taquinait bien sûr et on se moquait aussi de leurs accents, mais, au fond, on comprenait leur importance dans nos vies de collégiens pour nous ouvrir davantage l’esprit.

Par la suite, mes plus grandes inspirations comme médecin et pédiatre social furent le Dr Nicolas Steinmetz, pédiatre anglophone à l’Hôpital de Montréal pour enfants, et la Dre Gloria Jeliu (née à Paris, avec des racines bulgares), de l’hôpital Sainte-Justine. Les deux ont contribué fortement à ce que je suis devenu aujourd’hui comme pédiatre social.

Mon côté nomade, fort pendant plusieurs années, tire certainement son origine de toutes ces expositions à des personnes ayant immigré chez nous pour partager leurs expériences et leur richesse. Ces « étrangers » ont grandement changé ma vie. Mes contacts sur le terrain avec les Comoriens, les Albanais et les Inuits furent également une grande inspiration qui a permis d’influencer ma trajectoire professionnelle et de mieux définir l’approche de médecine sociale pour les enfants plus vulnérables et souffrants que j’ai créée par la suite.

Dans le quartier montréalais de Côte-des-Neiges, j’ai vu des classes complètes d’enfants immigrants ou réfugiés de toutes nationalités confondues qui, dès la maternelle, pouvaient apprendre le français en quelques mois comme deuxième ou même cinquième langue. Il faut le voir pour le croire.

Les professeurs, médecins, scientifiques, soignants, ingénieurs, etc. issus de l’immigration contribuent pleinement à notre évolution comme société distincte, comme on se plaît à le dire. Si on est distinct, c’est qu’on est fort, et fier, et sans crainte d’y perdre au change. La richesse de la mixité et de l’ouverture à l’autre devrait nous guider pour favoriser l’accueil des personnes immigrantes, c’est réellement une « valeur ajoutée ».

La peur de perdre notre langue ou nos acquis en ouvrant nos portes est une bien mauvaise conseillère pour assurer la force de notre identité. Se priver de l’apport de personnes migrantes comporte un immense risque de régresser comme société distincte et comme peuple, sans compter tous les bénéfices personnels, que j’ai brièvement rappelés, dont on se passerait. Bienvenue, chez nous !


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