Un désaccord qui nuit au dialogue

Le site du projet de Ray-Mont Logistiques, en mars 2022
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le site du projet de Ray-Mont Logistiques, en mars 2022

L’éditorial de Marie-Andrée Chouinard « Envers et contre tous » du 24 novembre dernier, sur le projet de plateforme logistique intermodale de Ray-Mont Logistiques dans l’est de Montréal, adopte un ton dur et sans appel envers notre entreprise en omettant de tenir compte de plusieurs faits essentiels à une bonne compréhension du dossier.

Mme Chouinard parle d’une « verrue industrielle sur un terrain vague ». Or, ce terrain a accueilli un siècle d’industrie lourde ; il était recouvert de 243 000 m3 de sable de fonderie contaminé au plomb, au cadmium, aux hydrocarbures pétroliers, aux HAP et aux BPC. Nous avons investi plus de 15 millions pour décontaminer et rendre sécuritaire un lieu littéralement empoisonné. En faire un parc n’a jamais été envisagé par les autorités, tant le niveau de contamination y était élevé.

Mme Chouinard affirme à tort que le projet « a échappé jusqu’à maintenant à toute analyse rigoureuse visant les effets sur l’environnement et la santé publique ». Voici un aperçu des procédures. Depuis 2016, nous avons soumis au gouvernement du Québec toutes les études nécessaires à l’obtention d’un plan de réhabilitation environnementale permettant la décontamination du site. Ce plan a été étudié et approuvé par le Groupe technique d’évaluation (GTE), une table ronde formée du ministère de l’Environnement, de la Santé publique et de l’INSPQ. Plus encore, nos équipes et experts ont participé activement au groupe de travail thématique (GTT) de l’Instance de concertation Assomption Sud–Longue-Pointe, réunissant l’entreprise, la Ville, des citoyens et des experts.

Nous nous sommes également volontairement soumis à la procédure d’autorisation ministérielle du ministère de l’Environnement, une première pour un projet de la sorte au Québec. Ce processus implique une analyse des impacts environnementaux menée par le ministère de l’Environnement confirmant que notre projet respecte toutes les normes applicables.

Il est légitime de se questionner sur les impacts d’un projet sur l’environnement et la santé, il importe toutefois de tenir compte de l’ensemble des facteurs avant d’affirmer que celui-ci sera néfaste. Or, le déménagement de nos activités, présentement situées dans le quartier résidentiel de Pointe-Saint-Charles, vers ce terrain limitrophe au port de Montréal entraînera une réduction de près du tiers du camionnage lourd total sur la rue Notre-Dame (400 000 kilomètres parcourus en moins chaque année) ainsi qu’une réduction de 88 % de la distance parcourue sur les routes locales par nos camions et ceux de nos clients. Cela représente une diminution de 82 % des gaz à effet de serre générés par notre entreprise au Québec, selon une étude du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport. On parle ici d’un avantage majeur tant d’un point de vue environnemental que de celui de la congestion routière.

Mme Chouinard dit enfin que des « experts prédisent que le niveau de bruit provoqué par le transbordement d’immenses conteneurs métalliques entraînera des niveaux sonores démesurément élevés » sans préciser l’identité desdits experts. Or, l’analyse exhaustive et rigoureuse des experts du ministère de l’Environnement confirme plutôt que nos opérations respecteront les seuils sonores en vigueur.

Nous sommes pleinement conscients que notre projet peut soulever des inquiétudes dans la communauté locale, nous sommes d’ailleurs à l’écoute des critiques qui sont exprimées. Notre entreprise comprend la valeur des espaces verts que certains citoyens réclament dans le secteur ; c’est pourquoi, dans le cadre de nos discussions avec l’ensemble des parties, nous avons toujours soutenu l’idée de maximiser la végétalisation du site par l’aménagement d’une zone tampon entre notre terrain et le quartier de Viauville.

Il importe de tenir compte de l’ensemble des facettes d’un dossier avant de lancer des attaques sans prudence dans l’espace public. Celles-ci sont graves et nuisent à l’établissement d’un dialogue constructif visant un développement harmonieux de ce secteur.

Réplique de l’éditorialiste

Nous pouvons être d’accord sur le fait que nous sommes en désaccord. Je me suis évertuée à déplorer le manque d’analyse rigoureuse et indépendante pour l’environnement, la santé publique et l’acceptabilité sociale d’un projet d’une telle envergure. Seule une étude du BAPE aurait pu répondre à ce besoin, ce à quoi le gouvernement du Québec n’a pas jugé bon de consentir. Les évaluations que vous citez ont été produites à la demande de votre entreprise et ne me semblent pas répondre aux critères ci-dessus énoncés. Quant aux experts dont vous ne retrouvez pas les noms dans l’éditorial, il s’agit, entre autres, de ceux du ministère de l’Environnement lui-même qui, dans un Avis sur une étude d’impact sonore d’une première phase d’exploitation d’une plateforme intermodale daté de février 2022, ne se disent pas convaincus que « le bruit qui pourrait être généré dans la première phase d’exploitation [du projet] peut ne pas être considéré comme un contaminant significatif ». Ces préoccupations ministérielles se reflètent d’ailleurs dans les mises en garde énoncées par le ministère de l’Environnement lui-même au moment de donner le feu vert au projet sous conditions, le 4 novembre dernier.

Marie-Andrée Chouinard

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