Une colère assumée et comprise

« Même si, aujourd’hui, j’ai de la difficulté à me rebeller si instinctivement devant l’injustice sociale, car je constate à quel point les humains « dégainent » vite leurs armes alors que ce n’était pas le cas lorsque j’étais jeune femme, je suis sereine d’avoir eu cette colère en moi. », exprime l'autrice
Photo: Istock, montage «Le Devoir» « Même si, aujourd’hui, j’ai de la difficulté à me rebeller si instinctivement devant l’injustice sociale, car je constate à quel point les humains « dégainent » vite leurs armes alors que ce n’était pas le cas lorsque j’étais jeune femme, je suis sereine d’avoir eu cette colère en moi. », exprime l'autrice

Dans ses chroniques, notre collaboratrice Nathalie Plaat en appelle à vos récits. En novembre, elle s’est intéressée à vos colères et à vos mises au monde issues de vos rages. La rubrique « Des nouvelles de vous » offre un extrait choisi parmi vos réponses.

Jeune travailleuse, l’injustice me mettait dans une colère noire qui m’amena toujours à agir : un homme m’accostait ou tentait de s’imposer à moi, je le défiais. Un voleur est entré dans ma boutique, volant un tableau sous mes yeux, j’ai immédiatement couru après et repris mon bien. Rien ne m’arrêtait, et jamais je n’ai subi de conséquences fâcheuses de mes actes défensifs que je qualifierais aujourd’hui d’impulsifs. J’en étais fière.

Au travail, cela se passait moins bien, car j’avais plus de difficulté à rester zen. Étant très anxieuse, j’avais de la difficulté à mettre en mots diplomatiquement ce que je ressentais comme une injustice. J’explosais et ensuite je me faisais remettre à ma place. Combien de fois m’a-t-on dit de me mêler de mes affaires, de me contenter de faire ce que l’on me disait de faire, sans succès ! Il me fallait agir. Cette révolte devant l’inaction administrative m’a peut-être empêchée d’être promue, mais elle m’a permis d’être en harmonie avec moi-même.

Ma plus belle victoire fut de dénoncer une injustice flagrante vécue par tous, mais dénoncée par personne à l’endroit où je travaillais. Avec une collègue, nous avons porté plainte auprès de l’institution responsable d’assurer la surveillance de notre bureau. Cette précision est importante, car pour moi, agir a toujours impliqué de le faire dans le respect des institutions démocratiques mises en place. Bien que notre contestation n’ait pas confirmé hors de tout doute le conflit d’intérêts à la source de l’injustice, le rapport qui en a émané a souligné l’existence possible d’une situation problématique et, ainsi, fait en sorte que la personne responsable quitte sa place de son propre chef.

Même si, aujourd’hui, j’ai de la difficulté à me rebeller si instinctivement devant l’injustice sociale, car je constate à quel point les humains « dégainent » vite leurs armes alors que ce n’était pas le cas lorsque j’étais jeune femme, je suis sereine d’avoir eu cette colère en moi. Face à l’injustice, elle fut toujours porteuse d’actions qui se sont avérées positives. En cela, je conclus que la colère assumée, comprise (savoir reconnaître l’origine de celle-ci sur soi) et exprimée « dans le respect de l’autre » est saine.

D’autres voix, d’autres colères

« J’ai été, et je le suis encore, une personne très en colère. Aujourd’hui, je classe mes colères en deux. Celles sur lesquelles j’ai un pouvoir et celles sur lesquelles je n’en ai pas. […] J’alimente ma colère pour alimenter ma motivation à changer les choses. C’est une colère de préservation. Cette colère est puissante, pour moi en tout cas. » — Claudia Pérez

« J’ai eu la joie de ne pas perdre une enfant qui n’aurait pas dû naître et qui, aujourd’hui adulte, mord dans la vie comme peu le font. Sa vie fut pourtant sur le fil du rasoir pendant les trois premières années de sa vie. Tous les jours, toutes les nuits, à cause d’un problème cardiaque intraitable, j’espère, littéralement, finir cette journée en vie ou me réveiller encore au matin. Je sais que cette maladie peut venir me prendre du jour au lendemain. En fait, je n’ai pas peur de la mort que je trouve… absurde. Mais où est ma colère ? Je ne la ressens pas ! Est-elle trop bien enfouie ? Trop loin enfouie ? » — André Labelle



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