Tirer un trait sur la crise du logement et de l’itinérance

Le nombre de personnes qui vivent dans la rue est catastrophique, rapporte l’autrice.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le nombre de personnes qui vivent dans la rue est catastrophique, rapporte l’autrice.

Si vous êtes allé faire un tour au centre-ville de Montréal récemment, vous avez sans doute constaté, comme moi, que le nombre de personnes qui vivent dans la rue est catastrophique. C’est sans conteste l’indicateur le plus frappant de la crise du logement, mais des milliers d’autres personnes font face à la triste réalité de l’insécurité du logement. L’augmentation du coût des loyers, le manque de protection contre les évictions et un marché immobilier impitoyable sont autant de raisons qui conduisent des milliers de personnes à une telle précarité.

La Stratégie nationale sur le logement mise sur pied par le gouvernement fédéral soufflera ses cinq bougies ce mois-ci. Avec un budget de 72 milliards de dollars répartis sur 10 ans pour régler la crise du logement et de l’itinérance, il semblait sur la bonne voie. La Stratégie promettait de réduire les besoins impérieux en matière de logement et de mettre fin à l’itinérance d’ici 2030.

Promesses tenues ? Pas tout à fait ! Le rapport de la vérificatrice générale publié la semaine dernière ajoute aux preuves de plus en plus nombreuses que la Stratégie est loin d’atteindre ses objectifs.

Le plus fin des stratèges n’aurait pu prévoir les difficultés qui ont frappé la planète entière au cours des dernières années. La combinaison cataclysmique de la pandémie et de la crise économique a mis en lumière la fragilité du système de logement au Canada. Elle a rendu les loyers déjà hors de prix encore plus inabordables. Elle a poussé de nombreux refuges au point de rupture. Un nombre record de gens meurent dans la rue.

L’inflation et la récession qui se profile à l’horizon laissent présager le pire. Pour de nombreuses personnes, il suffirait d’un accident, d’un diagnostic ou d’un chèque de paie en moins pour qu’elles se retrouvent à la rue. Il faut rajuster le tir. Maintenant.

Depuis cinq ans, les travailleurs de première ligne peinent à empêcher les gens de passer entre les mailles d’un filet de sécurité qui, visiblement, s’effrite. Parmi les personnes en situation d’itinérance, les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis sont représentés de façon disproportionnée.

Si la Stratégie considère les personnes autochtones, les aînées et les handicapées comme des populations prioritaires, elle ne prévoit toutefois aucun mécanisme pour vérifier si ses programmes améliorent réellement la situation de ces populations.

 

Des études ont révélé que moins de 5 % des nouveaux logements construits grâce aux deux principaux programmes de la Stratégie sont accessibles aux personnes ayant les besoins les plus criants. Il faut se rendre à l’évidence, on rate la cible.

Le temps est venu de procéder à une refonte de la Stratégie pour en corriger les failles et mieux l’arrimer à la nouvelle réalité. Nous devons la réorienter de façon qu’elle aide les personnes à faible revenu à garder leur logement et à faire face à l’inflation. Il faut aussi lui donner les outils nécessaires pour répondre aux besoins particuliers des groupes défavorisés.

Nous devons fournir de meilleurs logements aux personnes autochtones, peu importe où elles vivent. Pour cela, il faut une approche élaborée pour et par les Autochtones et mettre à la disposition des gouvernements autochtones les ressources nécessaires pour qu’ils puissent répondre aux besoins de leurs communautés.

Nous devons adopter une approche qui permet d’augmenter l’offre de logements adéquats. Pour cela, il faut financer la construction, la rénovation et l’achat de logements sans but lucratif, abordables en permanence et offrant une valeur communautaire en échange de l’investissement gouvernemental.

Finalement, la Stratégie doit cristalliser le rôle de leader du gouvernement fédéral et prioriser une approche pangouvernementale afin de trouver des solutions à la crise du logement.

Si nous n’agissons pas maintenant, plus de personnes seront contraintes de vivre dans le froid. Plus de personnes mourront dans la rue cet hiver. Nous devons faire mieux. Le droit au logement est un droit fondamental. Une stratégie révisée est notre meilleure chance d’améliorer la qualité de vie des personnes en situation d’itinérance et d’insécurité en matière de logement.

Les personnes qui vivent dans nos rues n’ont pas besoin de charité, elles ont besoin que leur gouvernement respecte ses engagements et ses obligations en matière de droits de la personne pour tirer un trait sur l’itinérance. C’est maintenant ou jamais.

À voir en vidéo