La crédibilité du Québec menacée par le caribou à la COP15

«Il est de la responsabilité des ministres de la Faune, de l’Environnement et des Forêts de montrer l’exemple en protégeant adéquatement et pour de bon le caribou, un des emblèmes de notre biodiversité», écrivent les autrice.
Photo: Peupleloup Creative Commons «Il est de la responsabilité des ministres de la Faune, de l’Environnement et des Forêts de montrer l’exemple en protégeant adéquatement et pour de bon le caribou, un des emblèmes de notre biodiversité», écrivent les autrice.

Dans quelques semaines, les projecteurs seront tournés vers le Québec et le Canada lorsque Montréal accueillera la 15e réunion de la Conférence des parties (COP15) à la Convention sur la diversité biologique des Nations unies, un événement majeur qui vise l’adoption d’un cadre mondial pour enrayer le déclin du vivant et concrétiser une vision commune de ce qu’est vivre en harmonie avec la nature. Le gouvernement du Québec a tout intérêt à poser des gestes significatifs dans le dossier de la protection des caribous forestiers et montagnards avant le début de la COP15. Il y va de sa crédibilité internationale en matière de biodiversité.

Deux ministres ont la possibilité de rehausser la crédibilité du Québec : le ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Benoit Charette, et la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina. Bien que la séparation des responsabilités « faune » et « forêt » soit vue d’un bon oeil, la protection du caribou et de la biodiversité exige une collaboration étroite entre les deux ministres. Plusieurs gestes concrets sont à leur portée et offrent une véritable occasion de démontrer la volonté de Québec de protéger les caribous. Nous en proposons trois.

Mettre en place un moratoire pour protéger les grands massifs de forêt mature. Il y a déjà plus de deux mois, la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards, dont nous saluons l’excellent travail, remettait ses recommandations tout en soulignant l’urgence d’agir. En tête de liste, la Commission proposait la protection des grands massifs de forêt mature et d’autres secteurs propices par des mesures administratives en attendant la mise en oeuvre de la stratégie globale.

Ainsi, pourquoi ne pas suivre la première recommandation en établissant dès maintenant des moratoires pour protéger les derniers massifs, composantes essentielles de l’habitat des caribous ? Cette mesure, qui pourrait être instaurée facilement et rapidement, représenterait un geste fort ainsi qu’un gain significatif pour la biodiversité.

Annoncer la modernisation de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables. La protection intégrale et durable des habitats des espèces en danger est essentielle afin de contribuer à freiner le déclin de la biodiversité au Québec. Un pays hôte d’un événement d’une envergure telle que celle de la COP15 ne peut permettre la destruction de l’habitat d’espèces en péril sur son propre territoire ni ralentir le processus de désignation des espèces sans entacher sa crédibilité.

En ce sens, Québec pourrait également annoncer la modernisation de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables et prévoir un mécanisme transparent de désignation, à l’instar du gouvernement fédéral.

Tenir compte du caribou dans l’attribution des volumes de bois. Du côté de l’aménagement des forêts, la ministre Blanchette Vézina doit s’assurer que son ministère cesse de perpétuer une stratégie d’aménagement forestier qui fait fi d’un éventuel plan de protection des caribous. Ses premiers gestes à titre de ministre responsable des forêts seront cruciaux pour l’avenir des populations en danger. Une occasion en or pour la ministre sera à saisir d’ici quelques semaines.

L’attribution des volumes de bois pour la récolte aux entreprises forestières doit avoir lieu prochainement. Ces volumes, qui seront valides pour les cinq prochaines années, seront déterminés sans qu’on y ait intégré les éléments de la stratégie pour la protection des caribous. À l’aube de la COP15, laisser libre cours à ces attributions enverrait un message à tout le moins contradictoire.

En décembre, les yeux du monde entier seront tournés vers Montréal, où des décisions déterminantes seront prises pour l’avenir de la biodiversité, de nos milieux de vie. Il est de la responsabilité des ministres de la Faune, de l’Environnement et des Forêts de montrer l’exemple en protégeant adéquatement et pour de bon le caribou, un des emblèmes de notre biodiversité.

Sa protection permettrait non seulement de conserver tout un pan de biodiversité, mais aussi de rehausser l’espoir dont ont besoin les Québécois, les Québécoises et les États pour se mobiliser face à cette grande extinction du vivant. Nul ne souhaite imaginer un futur où vivre en harmonie avec la biodiversité se résumerait à la prolifération des zoos à caribous.

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