M. le Ministre de l’Éducation, est-ce que ça compte vraiment?

Il est urgent d’agir afin de lancer un chantier réflexif sur l’évaluation, rapporte l’auteur.
Boris Horvat Agence France-Presse Il est urgent d’agir afin de lancer un chantier réflexif sur l’évaluation, rapporte l’auteur.

« Monsieur, est-ce que ça compte ? » Cette question revient sans cesse dans la bouche des élèves, du primaire jusqu’à l’université, du Témiscamingue jusqu’à Gaspé, autant dans les cours de mathématiques et de français que dans ceux d’éducation physique. Une question qui découle d’un conditionnement aux allures malsaines qui s’est installé et qui fait maintenant partie de la culture scolaire. « Si tu ne fais pas ton devoir, tu vas avoir zéro. » « Aujourd’hui, c’est l’examen, donc c’est le temps de te forcer. » « Prenez bien ça en note, car ce sera à l’examen. » Pendant tout leur parcours scolaire, les élèves sont constamment mis devant une culture de la performance, du rendement, une culture du meilleur de la classe, une culture de la sanction administrative.

À son opposé, il existe pourtant une réelle culture de l’apprentissage, celle qui donne droit à l’erreur, qui valorise réellement le processus complexe qu’est celui d’apprendre. Plusieurs enseignants y croient fermement et déploient des efforts pour s’en inspirer. Ils placent leurs élèves dans un contexte où ça compte vraiment d’être assis en classe, un état réel d’apprentissage où chacun, peu importe son niveau de compétence, gagne à écouter en classe, gagne à se mobiliser, car peu importe qu’ils se situent au-dessus ou en dessous de la moyenne, ils comprennent que ce qui compte vraiment, c’est de s’améliorer… de façon à devenir meilleur que soi-même. Ils ont bien compris qu’apprendre, ça compte vraiment.

On peut donc se poser cette question : aujourd’hui, avec tous les défis que comporte le système d’éducation, qu’est-ce qui compte vraiment ? Tous les quatre ans, le Conseil supérieur de l’éducation publie un rapport sur l’état de la situation dans nos écoles, duquel découlent des recommandations que notre système d’éducation peut ou non mettre en application, selon la bonne volonté des dirigeants politiques en place. Mais ce rapport, est-ce qu’il compte vraiment ? Tous les quatre ans, il semble être déposé sur un coin de table, puis, après qu’il a accumulé un peu de poussière, on le range sur une tablette, loin des regards, et on semble l’oublier.

Le dernier rapport en date, déposé en 2018, s’intitule Évaluer pour que ça compte vraiment. Le rapport conclut qu’il est urgent d’agir afin de lancer un chantier réflexif sur l’évaluation, un chantier qui permettrait à tous les acteurs du système de l’éducation de conjuguer leurs efforts pour développer une approche nouvelle dont l’unique objectif serait de favoriser la réussite de tous les élèves. Par l’entremise d’une lettre déposée en mai dernier, ce même conseil réitérait au gouvernement l’urgence d’agir, afin que la réflexion soit entamée et que le chantier soit enfin mis en branle. Depuis, rien n’a bougé. Toutefois, dans le milieu scolaire, on peut sentir le vent du changement.

Nous vous reposons donc cette question, M. le Ministre de l’Éducation : l’éducation, est-ce que ça compte vraiment ? Dans l’affirmative, vous devez impérativement agir afin que nous puissions nous pencher sur la question de l’évaluation tous ensemble, sortir des vases clos des différentes idéologies qui s’affrontent et se contredisent. Pour y parvenir, nous, parents, administrateurs, ministres, enseignants, syndicats, chercheurs, devons absolument nous mobiliser et faire équipe, pour que notre belle jeunesse, la force de l’avenir, comprenne enfin que, si on va à l’école, c’est pour apprendre, et que ça, ça compte vraiment !

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