De la légèreté du coffre à outils de certains économistes

«Lorsqu’il est clair que l’inflation vient des dysfonctionnements de l’offre, c’est aux éléments de ce problème qu’il faut s’attaquer», soutient l’auteur.
Olivier Zuida Le Devoir «Lorsqu’il est clair que l’inflation vient des dysfonctionnements de l’offre, c’est aux éléments de ce problème qu’il faut s’attaquer», soutient l’auteur.

Dès que l’on parle d’inflation, l’unique et la seule pensée de ces économistes (et de certains banquiers et boursicoteurs) est de regarder du côté de la banque centrale pour savoir quand elle va commencer à jouer avec les taux d’intérêt. On fait des supputations, on se tire aux cartes. Est-ce que ce sera un demi-point de pourcentage, un quart, trois quarts, un point ?

On présume à coup sûr que cette inflation vient des pressions de la demande… et que la hausse des taux d’intérêt va donc venir freiner cette demande.

Mais si les pressions inflationnistes venaient des dysfonctionnements de l’offre ? Plusieurs facteurs peuvent être mis en cause : des problèmes d’approvisionnement dus au manque de main-d’oeuvre à la production et à la manutention, une rareté sur le front des conteneurs et des porte-conteneurs, des mauvaises récoltes, un manque de métaux rares ou une pénurie de puces électroniques, par exemple. Sans compter des aléas comme des flambées de grippe porcine ou aviaire ou des grèves dans le secteur de l’alimentation. Pourquoi pas aussi des décisions déraisonnables de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) ?

Comment la hausse des taux d’intérêt peut-elle régler ces problèmes ? Au contraire, une partie de ceux-ci pourraient sans doute être réglés par des investissements dans des systèmes d’automatisation des approvisionnements et d’autres investissements ciblés. Or, la hausse des taux d’intérêt ne favorise pas les investissements, et ce, d’aucune sorte.

Pour le consommateur, la hausse des taux d’intérêt arrive bien tard comme signal de l’inflation. Ça fait déjà longtemps que ce consommateur en a pris conscience par le biais de son portefeuille. Le kilo de boeuf haché, qui, l’an passé, se vendait à 7 $, est maintenant rendu à 12 $, tandis que la poule du dimanche à 5 $ coûte désormais 10 $. Quand la pomme du Québec frise le dollar l’unité, ça fait déjà un bon bout de temps que le consommateur a cessé d’en acheter ou, du moins, a décidé d’en acheter moins.

On n’a pas besoin du signal de la hausse des taux d’intérêt pour se rendre compte qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans nos finances. La hausse du taux d’intérêt ne vient pas vraiment freiner la demande future, déjà très diminuée, mais vient surtout pénaliser la demande passée en s’appliquant à tous les véhicules d’endettement : marges de crédit, prêts hypothécaires à taux variable, cartes de crédit. Conséquemment, elle permet d’augmenter de façon notable le profit des prêteurs, des banques et des organismes de crédit…

Lorsqu’il est clair que l’inflation vient des dysfonctionnements de l’offre, c’est aux éléments de ce problème qu’il faut s’attaquer. Et, entre-temps, il faut instaurer un contrôle des prix ou d’autres mesures pour au moins freiner les abus. À quand un oligopsone des pays non producteurs pour faire face aux décisions inopportunes de l’OPEP et des géants de l’industrie pétrolière ?

Le mécanisme des taux d’intérêt comme instrument de contrôle de certains types d’inflation est archaïque et contre-productif. Il nous lance tête baissée dans une récession. On est à reproduire le fiasco du début des années 1980… On se battait alors avec cette politique des taux d’intérêt contre des décisions déraisonnables de l’OPEP. Il faut développer une gamme d’outils pour faire face à ces problèmes.

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