À la recherche de l’impartialité dans le conflit israélo-palestinien

« Des sondages successifs ont prouvé qu’une solution à deux États est le résultat le plus souhaitable pour les Israéliens et les Palestiniens », rapportent les auteurs.
Emmanuel Dunand Agence France-Presse « Des sondages successifs ont prouvé qu’une solution à deux États est le résultat le plus souhaitable pour les Israéliens et les Palestiniens », rapportent les auteurs.

Dans sa chronique du 31 octobre intitulée « Palestiniens écrasés », François Brousseau décrit le conflit israélo-palestinien comme suit : « L’affrontement peut aujourd’hui être décrit, par un des deux camps (le palestinien), comme une résistance minimale et désespérée à une occupation victorieuse et quasi totale. Et par l’autre camp (l’israélien), comme une succession d’opérations militaro-policières antiterroristes, pour écraser les derniers moucherons qui troublent encore l’ordre public ». Cette façon de présenter une situation des plus complexes et des plus douloureuses pour les deux parties au conflit nous laisse perplexes. On a le droit de s’attendre à ce qu’un journal de l’envergure du Devoir apporte une plus grande attention à l’exactitude de l’information, à l’équilibre et à l’impartialité.

Cette chronique soulève plusieurs questions. Quand il est fait mention de « résistance minimale » palestinienne, nous imaginons qu’il est fait référence à la vingtaine de civils israéliens tués cette année des suites de la vague de terrorisme palestinien toujours en cours ? Est-il aussi fait référence aux groupes figurant notamment sur la liste canadienne des entités terroristes désignées, comme le Hamas, le Djihad islamique palestinien ou le FPLP ? Mystère, puisqu’ils ne sont aucunement mentionnés.

La chronique pose la question de la moralité des opérations israéliennes. Toutefois, il n’y a aucune mention des actions des groupes armés palestiniens : bombardements délibérés contre les civils israéliens, usage de boucliers humains ou encore utilisation d’infrastructures civiles comme rampes de lancement de missiles.

M. Brousseau fait abstraction de l’objectif des opérations israéliennes : protéger la population israélienne contre des attaques commises régulièrement par des groupes armés. Exit aussi le concept de légitime défense, un droit inhérent reconnu par la Charte des Nations unies.

Autre aspect intéressant du texte de M. Brousseau : si les négociations sont au point mort, c’est parce qu’Israël n’est pas intéressé au processus de paix, « pour les Israéliens, la question est réglée », écrit-il, et il insinue qu’Israël mène une politique visant à écraser le peuple palestinien. Or, Israël a formellement reconnu le peuple palestinien et le droit à l’autodétermination de ce dernier dans la Déclaration de principes de 1993. Par ailleurs, nous mentionnerons également les accords d’Abraham, traités de paix conclus par Israël avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, qui sont un incontournable dans les relations de paix au Moyen-Orient.

Sans repasser à travers l’histoire des négociations de paix infructueuses, nous mentionnerons qu’en 1948, les représentants du peuple palestinien ont persisté dans leur refus de créer un État arabe indépendant aux côtés de l’État juif d’Israël, tel que souhaité par la communauté internationale en vertu de la résolution 181 adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU le 29 novembre 1947. Le 15 mai 1948, 24 heures après avoir déclaré son indépendance, Israël fut envahi par cinq armées régulières arabes, offensive à laquelle se sont joints les Palestiniens. Depuis sa création, Israël a ainsi dû défendre son droit à l’existence.

Dans les années qui ont suivi Oslo, à Camp David en 2000 puis lors du Sommet de Taba en 2001, Israël a proposé plusieurs concessions territoriales, mais en vain. Nouveau refus sans contre-offre de la part des Palestiniens en 2008, lorsque le premier ministre israélien Éhoud Olmert a offert l’équivalent de toute la Cisjordanie dans le cadre de propositions de paix sous l’égide des États-Unis qui auraient permis l’établissement d’un État palestinien.

Rester silencieux sur la responsabilité des Palestiniens dans l’impasse diplomatique actuelle et ne blâmer qu’une seule des deux parties au conflit n’apporte rien de constructif. La chronique passe outre les tentatives répétées de parvenir à un accord sur le statut final qui mettrait fin pacifiquement au conflit grâce à une solution à deux États et ne mentionne pas non plus la volonté soutenue d’Israël de faire des compromis douloureux pour parvenir à un tel accord.

Des sondages successifs ont prouvé qu’une solution à deux États est le résultat le plus souhaitable pour les Israéliens et les Palestiniens, car elle garantirait aux deux peuples leur droit à l’autodétermination nationale. Mais bon, pas plus que les faits le droit ne semble être important lorsqu’il est question d’Israël.

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