Ce n’est pas en abdiquant que nous renforcerons notre culture

«Nous sommes à une époque où nous devons multiplier les occasions de faire briller notre cinéma, pas les soustraire», écrit l’auteur.
Eric Myre «Nous sommes à une époque où nous devons multiplier les occasions de faire briller notre cinéma, pas les soustraire», écrit l’auteur.

La fin de la diffusion du Gala Québec Cinéma a créé une importante onde de choc dans le milieu cinématographique québécois. En colère ! Consterné ! Abasourdi ! Inquiet ! Les nombreux témoignages entendus dans les deux dernières semaines montrent un attachement profond du milieu artistique pour cet événement. On relève aussi beaucoup d’incompréhension à la suite de cette décision de Radio-Canada d’interrompre sans consultation un gala qui faisait figure de tradition et qui aurait célébré son 25e anniversaire en 2023. En outre, cette interruption est d’autant plus mal reçue par le cinéma québécois et son public, qui perdent cette vitrine, qu’ils sont à peine remis des effets désastreux de la pandémie.

En fait, ce n’est pas uniquement de la fin d’un gala dont il est question ici : il s’agit d’un recul pour la visibilité et le rayonnement du cinéma québécois tout entier. En plus d’être un moment de célébration pour toute une industrie, ce gala télévisé constitue un outil puissant pour atteindre le public, saluer l’excellence de nos créateurs et en faire la promotion. C’est aussi toute une infrastructure entourant la mise en valeur de nos films qui est mise en péril.

Nous sommes à une époque où nous devons multiplier les occasions de faire briller notre cinéma, pas les soustraire. Nos artistes et nos créateurs doivent se battre à armes bien inégales contre une déferlante de contenus étrangers — américains, pour la plupart — où les enjeux d’exister, de se faire connaître, de rayonner et de trouver son public se posent avec de plus en plus d’intensité et d’urgence. La célébration de notre cinéma sur les ondes télévisuelles participe aussi aux efforts déployés par les salles de cinéma pour retrouver leur public après la pandémie, et du besoin de développer de nouveaux publics comme celui de la jeunesse.

Ainsi, renoncer à cette vitrine de valorisation et de promotion du cinéma québécois qu’est le Gala Québec Cinéma, c’est porter atteinte à la vitalité de cet art et de son industrie. Si l’événement rencontre plusieurs défis pour assurer sa pérennité, ce n’est pas en abdiquant que nous renforcerons notre culture. Le choc provoqué par la décision de Radio-Canada est plutôt un appel à la mobilisation, à l’idéation et à la mise en commun des forces vives de ce milieu qui vise à garantir le prolongement de cette essentielle vitrine.

Le cinéma québécois a acquis sa renommée grâce à des oeuvres puissantes, qui ont su faire vibrer le coeur des Québécois. Des oeuvres qui ont marqué les générations et participé à la transmission de notre histoire, de notre langue, de notre identité et de nos grands récits collectifs. J’ai moi-même grandi, comme des millions de Québécois, en étant bercé par ses histoires.

Si le cinéma d’ici a réussi à établir sa renommée au Québec comme à l’international, nous nous devons de mettre en valeur ses réussites année après année.

Soyons à la hauteur de ce qui nous rend fiers. Relevons-nous les manches plutôt que de baisser les bras. Travaillons ensemble. Le cinéma québécois mérite que l’on fasse cet effort et que l’on continue de le célébrer.

À voir en vidéo