Bernard Drainville, éducateur

Le rôle du ministre de l’Éducation pourrait être déterminant pour l’avenir des Premières Nations et communautés inuites du Québec, estime l’auteur.
Jacques Boissinot La Presse canadienne Le rôle du ministre de l’Éducation pourrait être déterminant pour l’avenir des Premières Nations et communautés inuites du Québec, estime l’auteur.

Le nouveau ministre caquiste a un horizon de travail fort encombré. Parmi les lignes de fuite qui l’y relient, il en est une que je me plairais à rappeler à son attention. En avril 2015, alors qu’il était candidat au poste de chef du Parti québécois, Bernard Drainville avait émis des propositions très inspirantes quant à la reconnaissance des Premières Nations dans cette même section du Devoir. Pour mémoire : « Que deux fois par année, un représentant désigné par les nations autochtones s’adresse solennellement aux députés de l’Assemblée nationale du Québec, au Salon bleu. Une première fois à la rentrée parlementaire de l’automne, et l’autre, à la conclusion de nos travaux en juin. Chacune de ses adresses sera le point de départ d’une journée entièrement consacrée aux affaires autochtones. »

On a envie de dire : mais quelle bonne idée et que ne la met-il pas en pratique dès le 29 novembre prochain ! Il faut se rappeler que depuis cette date, bien des événements ont marqué les esprits dans les relations entre Autochtones et non-Autochtones. Des rapports volumineux ont aussi été accumulés, rejoignant celui de la Commission royale sur les peuples autochtones (présidée par Georges Erasmus et René Dussault), publiée il y a 26 ans. Cette commission a formulé des recommandations comme les autres qui l’ont suivie.

Tout récemment, le premier ministre Legault a déclaré en préfaçant le Plan d’action gouvernemental pour le mieux-être social et culturel des Premières Nations et des Inuits 2022-2027 : « L’essor du Québec nécessite la participation active de toutes et tous à la réalisation d’objectifs communs. Pour concrétiser cette vision, nous devons nous assurer que les Premières Nations et les communautés inuites du Québec, qui ont prouvé leur résilience à de nombreuses reprises, aient les moyens de s’épanouir économiquement, socialement et culturellement. L’apport de ces nations à la société québécoise est unique et doit être mis de l’avant et encouragé. »

Parmi cet « épanouissement » souhaité, nul doute que l’éducation ait un rôle central dont Bernard Drainville aura mesuré l’importance, lui qui déclarait (toujours en 2015) « … qu’une attention particulière devra aussi être portée à l’apprentissage et à la pérennité des langues autochtones ». Il va sans dire que cet objectif pourrait être aussi bien être partagé avec Ian Lafrenière, dont le mandat comme ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuits a été reconduit.

D’autant que l’actuel ministre de l’Éducation appelait également à la création « d’un ministère des Affaires autochtones en bonne et due forme, avec un ministre en titre ayant les moyens de défendre avec vigueur les questions autochtones auprès de ses collègues du cabinet. À cette fin, ajoutait-il, il présidera un comité interministériel responsable de faire avancer les dossiers au sein du gouvernement et de l’État québécois ».

Tout un programme qui devrait encourager les instances officielles à relancer les initiatives favorables à une meilleure compréhension des réalités des premiers peuples de la part des élèves et des étudiants qui suivent leur apprentissage et formation au sein du système d’éducation. Il est à souhaiter que l’ex-candidat à la chefferie du PQ, maintenant investi de la mission de veiller à l’enseignement des Québécois, n’ait pas oublié de si précieuses intentions. Voyons si du Salon bleu nous parviendra, à la fin du mois, un discours porteur de cette volonté « solennelle », sinon souveraine !

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