L’État, arbitre des prix des aliments 

«L’État doit pouvoir arbitrer le partage des intérêts au profit du plus grand nombre», estime l’auteur.
Photo: Joe Raedle Agence France-Presse «L’État doit pouvoir arbitrer le partage des intérêts au profit du plus grand nombre», estime l’auteur.

La situation économique des ménages à faible revenu, même ceux bénéficiant d’un salaire, est devenue de plus en plus alarmante. En effet, malgré une troisième baisse du taux d’inflation en autant de mois, la facture d’épicerie, elle, n’a jamais été aussi élevée depuis plus de 40 ans. On observe ainsi des hausses de prix sur un an de 11,8 % pour les fruits et légumes, de 14,8 % pour les produits de boulangerie (pain, etc.), de 9,7 % pour les produits laitiers et de 7,6 % pour la viande, pour une hausse globale de 11,4 % pour le panier d’épicerie.

Au point où la Chambre des communes a réclamé la semaine dernière à l’unanimité que le Bureau de la concurrence enquête sur les profits des chaînes de marchés d’alimentation. Ce dernier a confirmé lundi le déclenchement d’une étude sur ce phénomène dramatique. L’étude, qui sera menée jusqu’en juin 2023, devrait pouvoir cibler particulièrement les profits des grandes chaînes d’épicerie et les moyens permettant aux acteurs de la chaîne d’approvisionnement alimentaire de diminuer les coûts des aliments. Il s’agit d’un signe encourageant démontrant que notre demande d’intervention de l’État a été entendue.

Sentant la soupe chaude, deux grands distributeurs, Loblaw et Metro, ont d’ailleurs décidé de geler les prix de certains produits pendant la période des Fêtes. Qualifiant ces décisions de coup publicitaire dans ces pages, deux spécialistes, Maryse Côté-Duhamel, professeure adjointe en science de la consommation à l’Université Laval, et JoAnne Labrecque, professeure en marketing à HEC Montréal, soulignent que ces prix sont déjà inflationnistes et que leur gel n’améliorera pas leur accessibilité pour les plus pauvres d’entre nous.

Or, dès juin 2022, témoignages de ménages concernés à l’appui, nous intervenions publiquement pour dénoncer cette situation scandaleuse et pour demander à l’État, au nom du bien commun, de freiner cette hausse excessive du prix de certains produits de première nécessité comme les produits cités en début d’article. La réaction actuelle d’Ottawa est certes un premier pas en ce sens, mais, au terme révélateur de cette enquête, l’État ne pourra pas faire l’économie d’une intervention législative pour tempérer la gourmandise des grandes chaînes d’alimentation.

D’autant que, si l’on se fie aux perspectives de l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), le pire est encore à venir au chapitre de l’inflation. Il s’agit des perspectives économiques les plus moroses en plus de vingt ans. Cette intervention de l’État pour réguler les prix alimentaires apparaît donc de plus en plus comme une nécessité urgente, les gens subissant pendant ce temps le fardeau quotidien de cette boulimie capitaliste. Cette mesure gouvernementale pour protéger les consommateurs d’une hausse trop importante des tarifs alimentaires fait d’ailleurs l’objet de vifs débats en France.

En fait, comme nous le soulignions déjà en juin dernier, cette situation met en lumière l’incongruité voulant que les grandes chaînes alimentaires soient les seules à déterminer l’accessibilité économique ou non des produits alimentaires de première nécessité. Tout comme pour d’autres besoins essentiels, l’État, seul garant du bien commun, doit pouvoir arbitrer le partage des intérêts en présence, et ce, espérons-le, au profit du plus grand nombre.

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