Par solidarité avec les Iraniennes qui luttent pour leur liberté

«Il est malheureux que des représentants politiques, municipaux et associatifs détournent ainsi les concepts pour diaboliser la laïcité», écrit l’autrice. En photo, le rassemblement en soutien aux femmes iraniennes du 1er octobre, à Montréal.
Photo: Mathiew Leiser Agence France-Presse «Il est malheureux que des représentants politiques, municipaux et associatifs détournent ainsi les concepts pour diaboliser la laïcité», écrit l’autrice. En photo, le rassemblement en soutien aux femmes iraniennes du 1er octobre, à Montréal.

S’il y a une raison qui justifie le choix de la laïcité comme philosophie de pensée et comme régime politique et juridique, c’est bien la protection des femmes contre des lois religieuses qui briment leurs droits les plus élémentaires. En Iran, le tchador, imposé aux femmes depuis la révolution islamique de 1979, n’est que la mesure emblématique la plus visible de l’emprise de cette idéologie totalitaire sur elles, les réduisant à être des mineures à vie.

Mais la révolte populaire est en marche. Mahsa Amini, tuée par la police des moeurs parce qu’elle se ne couvrait pas suffisamment les cheveux, est devenue l’icône d’une révolte qui ne faiblit pas, malgré une répression sanglante. Cette révolte nous rappelle à quel point la liberté et l’égalité des femmes sont des valeurs précieuses qu’il faut protéger. Ces Iraniennes et ces Iraniens qui luttent au péril de leur vie pour s’émanciper d’un régime théocratique qui les étouffe méritent toute notre admiration et devraient nous inspirer en tant que laïques, humanistes et féministes.

Or, quelle n’a pas été notre consternation quand, lors de la première manifestation de liberté pour l’Iran, qui s’est déroulée le 1er octobre dernier à Montréal, la Fédération des femmes du Québec a utilisé ce combat des Iraniennes pour faire des amalgames avec la loi 21, insinuant que le gouvernement du Québec, tout comme le régime des mollahs d’Iran, imposerait une façon de s’habiller aux femmes. Ces propos rappellent ceux de la députée de Québec solidaire Christine Labrie, qui, lors de la dernière campagne électorale, a associé la loi 21 à une forme d’oppression des femmes.

Nous dénonçons vivement de tels propos. Faire un rapprochement entre l’exigence de neutralité religieuse de certains employés de l’État, dont les enseignantes et les enseignants, et une oppression des femmes relève du non-sens. Il s’agit tout simplement, pour un État laïque, de respecter la liberté de conscience de ses citoyens et d’éviter les pressions religieuses à l’école. Mais surtout, un tel amalgame constitue une récupération politique indigne du combat des Iraniennes qui vise à diaboliser la loi québécoise sur la laïcité de l’État.

Réduire le combat des Iraniennes à une question de choix vestimentaire relève d’une ignorance abyssale de la réalité des femmes soumises à un régime islamiste totalitaire. Le slogan « Femme, vie, liberté », scandé à Téhéran par des femmes et des hommes qui risquent leur vie en prononçant ces mots, ne résonne visiblement pas de la même façon pour des personnes vivant dans le confort d’un régime démocratique qui protège leurs droits.

Il est malheureux que des représentants politiques, municipaux et associatifs détournent ainsi les concepts pour diaboliser la laïcité. Pourtant, à de multiples occasions dans l’histoire, la laïcité a constitué le meilleur moyen de libérer les sociétés, à commencer par le Québec, de pouvoirs religieux contrôlants et particulièrement défavorables aux femmes. Prétendre que cette laïcité brimerait des droits fondamentaux et entraînerait l’oppression des femmes relève soit de la mauvaise foi, soit de l’ignorance. La laïcité ne brime aucune liberté, elle permet au contraire de garantir ces libertés.

Il faudra beaucoup de courage, d’abnégation et de sacrifices au peuple iranien pour changer le régime islamique établi. Que peut-on faire pour l’aider ? La moindre des choses serait de ne pas détourner son message et de ne pas nuire à son combat en le réduisant à une lutte pour un choix vestimentaire. Un minimum de décence s’impose.

Plus concrètement, on peut aussi faire comme les Iraniennes et gagner les rues. C’est ce que fera le Rassemblement pour la laïcité lors de la deuxième manifestation montréalaise de liberté pour l’Iran, qui aura lieu le samedi 22 octobre.

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