Le Québec, cancre de l’efficacité énergétique

Nous gaspillons énormément d’énergie au Québec, déplore l’auteur.
Photo: Yuxuan Wu Getty Images Nous gaspillons énormément d’énergie au Québec, déplore l’auteur.

Récemment, sur un trajet entre Québec et Montréal effectué en soirée, j’ai eu cette réflexion : nous gaspillons énormément d’énergie au Québec. Cette perte provient notamment des dizaines de concessionnaires automobiles et surtout de leurs grandes cours éclairées comme si nous étions au centre-ville de New York. J’ai aussi en tête ce concessionnaire Volkswagen récemment construit sur l’autoroute 20, près de Québec, où la lumière est si blanche qu’elle nous éblouit jusque derrière le volant. Sans compter les autres cours des entreprises de camionnage et de construction, par exemple, qui sont extraordinairement éclairées la nuit venue, même s’il n’y a aucun client ou employé en vue. Ou encore les innombrables tours de bureaux, dont les étages sont éclairés toute la nuit même s’il n’y a pas l’ombre d’une personne sur leurs étages.

Pendant ce temps, l’Europe se prépare au pire cet hiver face à la menace de pénurie énergétique, alors que la Russie pourrait à tout moment couper son approvisionnement en gaz. Les États européens ont adopté une série de mesures visant la plus grande modération dans la consommation d’énergie des ménages et des industries. En Allemagne et en Suisse,le chauffage des bureaux au-dessus de 20 degrés sera formellement interdit. De son côté, le gouvernement français a dévoilé il y a quelques jours un plan historique pour réduire la dépendance en énergie de l’étranger et ainsi éviter des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement.

Parmi les principales mesures, on trouve un chauffage limité à 18 degrés dans les bâtiments administratifs et aucune eau chaude dans les blocs sanitaires, une diminution de la température de 2 degrés dans les gymnases et l’extinction de tous les éclairages publics et des enseignes lumineuses entre 1 h et 6 h du matin. L’objectif de cette mobilisation énergétique : réduire d’au moins 10 % la consommation énergétique de la France d’ici deux ans.

Bien que la situation énergétique au Québec et au Canada ne soit pas celle observée en Europe, elle nous oblige à réfléchir et à formuler le constat suivant : nous gaspillons énormément (trop même) d’énergie. Selon l’État de l’énergie au Québec (2022), notre système énergétique, de sa source jusqu’à sa consommation finale, enregistre une perte totale d’environ 53 % de l’énergie produite et transformée. En d’autres mots, nous consommons véritablement moins de la moitié de l’énergie produite et transformée dans l’économie québécoise.

Pourtant, le Québec bénéficie de l’un des systèmes énergétiques les plus solides et les plus verts au monde, alors que notre production d’électricité provient à 94 % de l’hydroélectricité. Ensuite, c’est 5,2 % de la production d’électricité totale qui provient de l’énergie éolienne. Cependant, après un calcul rapide, on constate que la moitié de cette électricité est tout simplement gaspillée, abandonnée, inutilisée, même si elle est disponible pour répondre aux besoins grandissants de l’économie québécoise. Imaginons un instant ce que ce serait si nous consommions vraiment toute l’énergie produite et transformée.

À la lumière de ces données, on constate que nous sommes à des années-lumière de la « sobriété énergétique ». Ce concept essentiel à la lutte contre la crise climatique et énergétique est fondé sur trois piliers : une réduction du gaspillage de l’énergie et des matériaux, une consommation plus juste et une évolution de nos modes de vie qui nous fait réfléchir aux impacts de nos comportements. Par exemple, le confort tant convoité et le bonheur associé à une demeure chaude ne sont pas durables, ils sont même égoïstes. Rappelons qu’en Europe, la crise énergétique fait craindre le pire. Et l’hiver s’annonce long et froid, notamment pour les plus vulnérables.

En raison de la croissance de la demande énergétique, la province aura besoin de 100 TWh pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et, pour ce faire, le premier ministre François Legault propose la construction de nouveaux barrages. Je suggère de miser plutôt sur l’efficacité énergétique et sur sa valeur inestimable avant de construire pour gaspiller encore plus. Pourquoi ne pas créer un Hilo national ? Car on ne peut plus se permettre collectivement de perdre autant d’énergie à l’aube de la crise climatique.

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