Financez-vous la crise climatique à votre insu?

À travers les projets qu’elles financent, les banques canadiennes entraînent davantage d’émissions polluantes que le Canada tout entier, rapporte l’autrice.
Nathan Denette La Presse canadienne À travers les projets qu’elles financent, les banques canadiennes entraînent davantage d’émissions polluantes que le Canada tout entier, rapporte l’autrice.

Lorsqu’on pense à la lutte contre les changements climatiques, les images qui nous viennent en tête sont concrètes et évidentes. Les véhicules toujours plus gros, toujours plus nombreux, qui congestionnent nos routes. Le plastique à usage unique qui encombre la surconsommation de notre quotidien. Et ainsi de suite.

Et si c’était l’arbre qui cache la forêt ?

L’une de nos activités pollue davantage que notre consommation quotidienne et a le potentiel de générer un impact bien plus important face au plus important défi de notre époque. Mais seulement si collectivement, avec nos décideurs publics, nous avons le courage de nous y pencher.

Notre épargne.

 

Le nouveau rapport de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) mandaté par Oxfam-Québec, rendu public aujourd’hui, révèle que le poids carbone total des banques canadiennes en 2020 était de près de 2 milliards de tonnes, soit 2,6 fois le poids total du Canada et près de 23 fois celui du Québec. Autrement dit, à travers les projets qu’elles financent, les banques canadiennes entraînent davantage d’émissions polluantes que le Canada tout entier. Au Canada, une banque de taille moyenne finance à elle seule plus d’émissions polluantes que n’en émet le secteur du transport au pays.

Notre argent représente donc notre premier poste d’émissions de carbone. Une fois que nous savons cela, le secteur bancaire et son encadrement réglementaire méritent désormais une plus grande attention de notre part. Surtout, cela commande une action de nos gouvernements.

Nous pourrions simplement montrer du doigt les méchants et blâmer les banques. En revanche, il est aussi vrai qu’elles ont des impacts positifs lorsqu’elles soutiennent des projets verts qui participent à la transition juste. Ainsi, deux conclusions en apparence contradictoires se dessinent : à l’origine de chaque projet polluant, il y a une institution qui l’a financé. Mais à l’origine de chaque projet d’avenir aussi.

La contribution des banques canadiennes à la réduction et à la prévention des émissions de gaz à effet de serre, par l’entremise des individus, des entreprises, et des gouvernements qu’elles financent, est pour l’instant largement insuffisante. Mais le temps presse et nous commande de passer à l’action, plutôt que de se contenter d’incriminer autrui. Tout le monde doit travailler à faire évoluer ce secteur, qui a le pouvoir de renverser la vapeur.

Nos gestes individuels sont nécessaires pour créer un changement de normes. Toutefois, pour générer un impact qui sera assez important et rapide pour atteindre les objectifs climatiques du Québec et du Canada, les gros acteurs doivent s’y mettre plus rapidement. Nos banques et les grandes entreprises du secteur financier doivent sortir de l’ombre et devenir des acteurs clés dans la lutte climatique.

Puisque les banques tardent à rattraper le retard pour faire face à la crise climatique, parce que la pollution n’a pas de frontières, et parce que climat et finance sont tous deux des enjeux collectifs, les gouvernements aussi doivent en faire plus et créer le cadre réglementaire nécessaire à une finance durable.

Les banques devraient avoir l’obligation juridique de compiler et de divulguer l’entièreté de leurs émissions, qu’elles soient opérationnelles ou financées. Elles devraient aussi avoir l’obligation d’élaborer, d’adopter et de publier d’ici 2025 un plan d’action visant le réalignement de l’ensemble de leurs portefeuilles sur l’Accord de Paris, en détaillant de manière précise les moyens d’y arriver.

Nous avons le choix d’exiger dès maintenant un virage courageux de la part du secteur bancaire et, surtout, des autorités fédérales qui le réglementent. Dans le cadre de sa campagne « Climat de justice : investir dans un avenir à égalité », Oxfam-Québec a lancé une pétition et invite les Québécoises et Québécois à demander, collectivement, une réelle finance durable. Exigeons un bas de laine, des épargnes et des investissements qui s’alignent avec l’avenir que nous voulons pour nous-mêmes et nos enfants.

Une version précédente de ce texte, qui indiquait que le poids carbone total des banques canadiennes en 2020 était de près de 2 millions de tonnes, a été modifiée.

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