Les oiseaux sonnent le glas avant de mourir

Au nord de l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau se trouve un écosystème irremplaçable de 215 hectares de milieux humides intégrés, connu sous le nom générique de Technoparc.
Photo: Coalition verte Au nord de l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau se trouve un écosystème irremplaçable de 215 hectares de milieux humides intégrés, connu sous le nom générique de Technoparc.

Ne demande pas pour qui sonne le glas, il sonne pour toi, raconte-t-on. Quand on regarde notre environnement au Québec, le glas résonne dans nos oreilles, au point de nous rendre sourds.

BirdLife International vient de publier son État des populations d’oiseaux dans le monde 2022 : Perspectives et solutions pour la crise de la biodiversité. Le portrait de la vie des oiseaux est dramatique : « Les populations de 49 % d’espèces sont en déclin », et cette « perte nette s’élève à 2,9 milliards d’individus (29 %) en Amérique du Nord depuis 1970 ». Ce rapport de 119 organisations nationales dans le monde nous met brutalement face à la réalité : « La nature est en déclin dans le monde entier, le développement non durable dégrade les habitats naturels et pousse les espèces à l’extinction. »

Malgré la complexité des statistiques, le Québec fait partie intégrante de ce schéma nord-américain, en particulier dans la région de Montréal — un fait qui rend d’autant plus importante la COP15, qui aura lieu en décembre dans cette ville. La Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) des Nations unies, organisée d’abord à Rio de Janeiro, en 1992, se réunit tous les deux ans « pour que le monde puisse continuer sans dilapider les ressources biologiques dont nous avons besoin pour maintenir la vie sur Terre ». Et heureusement, la CDB a son secrétariat ici-même au coeur de Montréal.

Quoi faire ? BirdLife International est catégorique : « Nous devons conserver les habitats restants, et restaurer et reconnecter ceux qui ont été perdus ou dégradés. »

Ce que nous devons faire ici, à Montréal, est très clair. Au nord de l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau se trouve un écosystème irremplaçable de 215 hectares de milieux humides intégrés, connu sous le nom générique de Technoparc, un endroit où plus de 200 espèces d’oiseaux ont été répertoriées.

Incontestablement, ces champs, marécages et forêts uniques constituent un habitat vital, qui exige d’être conservé, restauré et reconnecté — plutôt que d’être détruit.

Mais nos gouvernements refusent d’agir. Le premier ministre Legault ne semble pas le savoir ou s’en soucier — du moins pas maintenant, avant la réunion de la COP15. L’administration de Projet Montréal, bien qu’elle ait promis la conservation de 175 hectares du Technoparc à long terme, semble immobilisée par la perspective d’une station du REM juste à côté des marais.

Le gouvernement fédéral du Canada est propriétaire de 155 hectares de l’écosystème par l’intermédiaire de Transports Canada, mais loue ces terres à Aéroports de Montréal (ADM). À plusieurs reprises, les écologistes ont exhorté le Canada à agir. Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, a même rencontré les autorités d’ADM, qui ont apparemment réagi avec une colère embarrassée après qu’il fut révélé publiquement qu’elles avaient rasé des champs d’asclépiades nécessaires à la reproduction du papillon monarque dans le secteur.

Les gouvernements, à tous les niveaux, restent paralysés, et cet inestimable écosystème de milieux humides est en voie d’extinction. Il faut dire très clairement à ADM de cesser tout développement industriel du site naturel du Technoparc. La conservation reste nécessaire et réalisable.

Si des mesures ne sont pas prises dès maintenant pour conserver cet habitat faunique rare de 215 hectares, les groupes environnementaux adresseront leur appel à la conservation de cet écosystème directement aux délégués internationaux lors de la COP15 à Montréal, en décembre.

Par leur absence tragique, les oiseaux ont sonné le glas et nous ont parlé. Il est maintenant temps que nous parlions franchement et agissions pour eux là où nous le pouvons, ici même à Montréal.

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