Modérer la croissance, un projet de société

Le Québec pourrait décider de modérer sa propre croissance en cessant de subventionner l’expansion des entreprises privées, suggère l’auteur.
Peisen Zhao Getty Images Le Québec pourrait décider de modérer sa propre croissance en cessant de subventionner l’expansion des entreprises privées, suggère l’auteur.

Au Québec comme ailleurs, on oppose généralement la lutte contre les changements climatiques à la croissance économique. On dit qu’on fait le maximum qu’il est possible de faire pour l’environnement, sans mettre en péril la croissance économique. En réalité, on ne discute jamais du rythme de croissance économique souhaité, et il est assez évident que c’est une croissance économique maximale qui est visée.

Le Québec est en pénurie de main-d’oeuvre depuis plusieurs années, et cette pénurie était prévisible depuis longtemps. Les gouvernements libéraux et caquistes ont quand même continué de subventionner les entreprises québécoises et étrangères à coups de milliards de dollars par année pour stimuler la croissance économique. Cette politique se traduit par une demande irrésistible pour la venue de travailleurs étrangers immigrés et de travailleurs temporaires, dont plusieurs obtiendront éventuellement la citoyenneté canadienne.

Le premier ministre François Legault affirme qu’il souhaite maintenir au niveau actuel les seuils d’immigration, mais cela est incompatible avec sa priorité de faire grossir l’économie québécoise et d’assurer une forte croissance des entreprises, ce qui implique aussi l’attraction de multinationales étrangères. Même si le Québec obtenait des pouvoirs accrus en immigration, il ne pourra pas empêcher les immigrants arrivés au Canada de déménager au Québec pour occuper les emplois vacants créés par sa politique de croissance.

En effet, le gouvernement du Québec ne fait qu’appliquer la même stratégie de croissance maximale qui amène le Canada à organiser une immigration massive et qui s’inscrit dans la logique expansionniste des pays développés. Cette logique implique le recrutement de travailleurs des pays pauvres pour en faire rapidement de nouveaux salariés consommateurs.

Le Québec pourrait décider de modérer sa propre croissance en cessant de subventionner l’expansion des entreprises privées et d’entrer en compétition avec d’autres États pour attirer les investissements des multinationales. Il pourrait réserver son aide aux entreprises qui mènent des activités stratégiques pour le Québec et aux entreprises innovantes qui veulent développer des activités de fabrication, aux besoins élevés en main-d’oeuvre, hors du Québec. En effet, dans un contexte où toute la main-d’oeuvre est employée, la seule façon d’enrichir les Québécois est de favoriser le déplacement de la main-d’oeuvre d’activités peu payantes vers des activités à plus forte valeur ajoutée.

Les partis d’opposition qui croient vraiment qu’il faut chercher un équilibre entre la croissance économique et l’environnement devraient forcer le gouvernement du Québec à préciser sa cible de croissance et à justifier chacune de ses dépenses visant à stimuler la croissance et la création d’emplois. Une croissance plus modérée permettrait d’atteindre des cibles environnementales plus ambitieuses, de réduire la pénurie de main-d’oeuvre, de choisir ses seuils d’immigration, de retrouver des services publics de qualité et de freiner la spéculation immobilière. Choisir une croissance plus faible, c’est un projet de société.

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