La silencieuse disparition de l’Arménie

Parents et amis des personnes ayant perdu la vie au cours des combats pour le contrôle de la région du Haut-Karabakh visitent le cimetière commémoratif militaire de Yerablur à Erevan le 27 septembre 2022, à l'occasion du deuxième anniversaire du conflit.
Photo: Karen Minasyan Archives Agence France-Presse Parents et amis des personnes ayant perdu la vie au cours des combats pour le contrôle de la région du Haut-Karabakh visitent le cimetière commémoratif militaire de Yerablur à Erevan le 27 septembre 2022, à l'occasion du deuxième anniversaire du conflit.

Lorsque l’on écrit le mot « guerre » sur un navigateur de recherche, celui-ci nous suggère immédiatement les recherches les plus populaires du moment. Faites-le et voyez par vous-mêmes : sans grand étonnement, la grande majorité des articles mentionnent la guerre en Ukraine. Entre images, témoignages et reportages, tous les regards sont rivés vers l’avancée russe et les pensées sont tournées vers l’Ukraine. Pourtant, 2022 a été meurtrière, et d’autres conflits méritent autant d’attention de la part de la communauté internationale. C’est le cas de l’Arménie, un pays mis en joue par son voisin azerbaïdjanais.

Dans la nuit du 13 septembre 2022, l’Azerbaïdjan bombarde une demi-douzaine de villes à l’est de l’Arménie, tuant dans la foulée une cinquantaine de soldats arméniens et plusieurs centaines d’autres dans les jours suivants. C’est l’affrontement le plus meurtrier de la région depuis la guerre des 44 jours de 2020.

L’Arménie est un petit pays enclavé entre de grosses puissances et historiquement persécuté par celles-ci. Avec trois millions d’habitants à son compteur, l’Arménie ne fait pas le poids face à ses deux voisins, l’Azerbaïdjan et la Turquie, qui comptabilisent à eux deux plus de 95 millions d’habitants. Et c’est en 2020 que cet inégal rapport de force s’est fait sentir.

Le 27 septembre 2020, un affrontement éclate entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan à propos d’Artsakh (aussi connue sous le nom de Haut-Karabagh), une région montagneuse située en Azerbaïdjan et peuplée d’Arméniens. Après 44 jours de combat, plus de 6500 morts. Avec l’aide de la Russie, un cessez-le-feu est signé le 9 novembre 2020. Celui-ci sera rompu à plusieurs reprises jusqu’à l’attaque massive azerbaïdjanaise du 13 septembre 2022 sur le territoire arménien.

Le discours porté par le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, prône l’arménophobie et appuie le panturquisme, une idéologie nationaliste visant à créer une unification des peuples turcs. C’est publiquement et sans retenue qu’il parle des Arméniens comme « des chiens qu’il faut chasser de la région ». Ce discours rappelle avec effroi le génocide arménien de 1915 perpétré par l’Empire ottoman, et toujours non reconnu par la Turquie. Un risque de crime contre l’humanité est aux portes de l’Europe, mais la communauté internationale se dissimule derrière le rideau de la neutralité.

Les journaux, les réseaux sociaux et magazines sont saturés par des nouvelles provenant d’Ukraine. Si chaque conflit se doit d’être couvert, la densité d’articles sur le sujet crée un paravent médiatique pour la situation en Arménie.

Est-ce que sanctionner la Russie est plus intéressant politiquement que dénoncer les crimes de guerre perpétrés par l’Azerbaïdjan ? La visite de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en juillet dernier, à Bakou, pour renforcer des accords sur l’énergie semble indiquer que oui.

Malgré la taille de la diaspora arménienne, qui s’élève à plus de sept millions de personnes à travers le monde, le manque de prise de position ferme à l’international se fait sentir.

À l’aube d’une catastrophe humanitaire, la communauté internationale semble paralysée dans sa neutralité. Les médias regardent tout simplement ailleurs.

Le dimanche 2 octobre, les deux partis se sont rencontrés sous l’égide des États-Unis, mais n’ont pas réussi à trouver de points d’entente. En attendant, les troupes azerbaïdjanaises sont toujours présentes sur le territoire arménien, et une étincelle suffirait à remettre le feu aux poudres.

La Russie est occupée par le conflit en Ukraine, alliée majeure de l’Arménie, qui ne peut pas compter sur elles pour jouer le rôle du médiateur. Un nouvel acteur, les États-Unis, semble avoir pris la place de l’hégémon russe sur la table des négociations.

La France, alliée historique de l’Arménie, a même tenté la voie hiérarchique en saisissant le conseil de sécurité des Nations unies pour une potentielle mission de maintien de la paix, mais a été rattrapée par les limites de l’instrument de paix onusien.

En attendant le coup fatidique ou en espérant le réveil de la communauté internationale, les Arméniens et leurs amis ne peuvent que sensibiliser les gens à leur échelle, en utilisant leurs réseaux sociaux ou bien la tribune de leur journal local. Alors, en écrivant ce texte, j’espère avoir apporté ma pierre à l’édifice.

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