Inefficace, l’école publique?

Il est impossible, à l’heure actuelle, de statuer sur l’efficacité relative des écoles privées et publiques, résument les auteurs
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Il est impossible, à l’heure actuelle, de statuer sur l’efficacité relative des écoles privées et publiques, résument les auteurs

Les élèves du secondaire qui ont étudié à l’école privée poursuivent leur scolarité, en beaucoup plus grande proportion, au cégep ou à l’université que ceux scolarisés au secteur régulier de l’école secondaire publique. Est-ce qu’une telle statistique démontre que les écoles publiques ne sont pas performantes, ou même qu’elles devraient être abolies ?

Évitons de tirer des conclusions hâtives.

 

Considérée hors contexte, la statistique est trompeuse, car elle ne reflète pas uniquement, ou même surtout, la performance des écoles. Il est probable qu’elle reflète davantage l’influence de l’environnement de l’élève, incluant le niveau d’éducation et le revenu de ses parents, pour ne nommer que ces deux facteurs facilement quantifiables.

Or, les écoles privées majoritairement sélectives servent présentement des clientèles issues de familles en moyenne plus éduquées et plus fortunées que celles du secteur régulier du public.

 

Dans ce contexte, les deux types d’écoles relèvent des défis différents. Juger leur performance sans tenir compte de ces différences est tout simplement illogique.

En admettant qu’il soit utile de le faire, statuer sur la performance respective des écoles privées et publiques requiert des efforts et de l’ingéniosité. Des études ambitieuses ont d’ailleurs été menées pour tenter de déterminer si des élèves effectivement similaires au départ ont de meilleures chances de réussite au privé qu’au public.

Ces études sont menées auprès d’échantillons d’élèves issus de familles peu fortunées qui, normalement, n’auraient pas pu considérer l’option du privé. Parmi les élèves participants, c’est un tirage qui détermine qui sera scolarisé au privé plutôt qu’au public. Dans une telle étude, si les élèves qui ont fréquenté un type d’école réussissent mieux en moyenne, c’est nécessairement à cause de l’école.

Que disent ces études ? Les défenseurs de l’école publique seront heureux d’apprendre que le verdict ne va pas clairement en faveur de l’école privée. Dans l’ensemble, les résultats montrent que l’école privée favorise un peu plus la réussite. Cependant, l’avantage est modeste et concerne seulement certaines matières. De plus, cet avantage ne s’observe que dans certains systèmes scolaires. En d’autres termes, le privé n’est pas inévitablement une meilleure option que le public.

Match nul, donc ? Pas nécessairement.

Les résultats des études par tirage concernent seulement les élèves issus de familles peu fortunées. Les écoles privées pourraient être bonnes en particulier pour faire réussir leur clientèle traditionnelle, c’est-à-dire les élèves issus de familles relativement éduquées et fortunées. Ces élèves sont sous-représentés dans les études par tirage.

De plus, n’oublions pas que le système scolaire québécois est particulier à de multiples égards. Dans certains pays, par exemple, les écoles privées sont sous-financées, ce qui n’est pas le cas au Québec. Les résultats des études par tirage menées à l’étranger pourraient donc ne pas s’appliquer ici.

Finalement, ces études laissent en suspens une question essentielle : est-ce que regrouper dans une école (publique) les élèves à risque d’échec accroît ce risque au-delà de ce qu’il était au départ ? Par exemple, est-ce qu’être en classe avec plusieurs élèves démotivés est démotivant en soi ? Certaines études semblent indiquer que c’est malheureusement le cas, mais leurs résultats ne sont pas entièrement convaincants.

En bref, il est impossible, à l’heure actuelle, de statuer sur l’efficacité relative des écoles privées et publiques, notamment au Québec. Dans le doute, il serait prudent de ne pas blâmer les écoles publiques.

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