«Les Québécois nous détestent!»

«Depuis la pandémie, les jeunes, surtout les adolescents, ne portent évidemment pas les représentants de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans leur coeur», écrit l'auteur.
Photo: Matty Symons Getty Images «Depuis la pandémie, les jeunes, surtout les adolescents, ne portent évidemment pas les représentants de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans leur coeur», écrit l'auteur.

« Moi pis mes amies, on a compris ! Les Québécois nous détestent ! C’est pour ça qu’ils ont tous voté pour Legault en dehors de Montréal ! » À peine mon élève, issue de l’immigration, avait-elle mis les pieds dans l’école qu’elle nous lançait cette phrase arrache coeur.

« Les Québécois nous détestent ! »

Nous sommes à Montréal, dans une des écoles les plus multiethniques de la province. Je m’aventurerais à dire une des écoles les plus multiethniques au monde que je n’aurais pas tort.

Depuis la pandémie, les jeunes, surtout les adolescents, ne portent évidemment pas les représentants de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans leur coeur. Leur jeunesse scindée en deux est une cicatrice dont il faudra tenir compte dans les années à venir. Les jeunes des régions ont souffert, et ceux et celles de la métropole ont souffert sous de multiples angles, confinés dans des appartements exigus. Ceux et celles issus de l’immigration se sont retrouvés dans des situations souvent intenables, occupant fréquemment les plus petits de ces logis.

Or, jusqu’à présent, leur ire se limitait aux visages familiers responsables de leur douleur.

Avec les propos incendiaires du premier ministre Legault et de son caporal (je ne l’affublerai pas du titre de lieutenant, il ne le mérite pas) Jean Boulet, cette légitime colère risque maintenant de se tourner vers tous ceux qui, à leurs yeux, refusent de reconnaître leur valeur et leur appartenance à la nation québécoise.

Car il ne s’agit pas ici de « propos controversés », comme le nomment de trop sages journalistes, mais bien d’un fiel bassement électoraliste qui, telle une coulée de lave, est venu fendre le paysage social d’un horrible mur, est venu diviser notre peuple entre le « nous » et le « eux », et les séparer en deux camps, soit les bonnes ouailles et les vilains scélérats. Le Canadien contre les Draveurs, question de ne pas nommer de villes.

« Les Québécois nous détestent ! » J’espère qu’il ne s’agit que d’une phrase lancée avec la démesure que l’on retrouve chez les adolescents.

Des adolescents qui ont vu cette vague bleue mièvre comme un tsunami qui allait les emporter. Qui craignent d’être emportés au large, hors de nos frontières. Va falloir ramer fort pour aller contre ce courant et les rassurer.

Je redoute déjà les quatre prochaines années…

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