Un bouclier tarifaire pour faire taire la faim

«Malgré la timide baisse relative de l’inflation, les prix des aliments continuent de grimper jusqu’à 10,8% sur 12 mois en août, un sommet depuis 41 ans», écrit l'auteur.
Photo: Stefani Reynolds Agence France-Presse «Malgré la timide baisse relative de l’inflation, les prix des aliments continuent de grimper jusqu’à 10,8% sur 12 mois en août, un sommet depuis 41 ans», écrit l'auteur.

Les nouveaux chiffres en ce qui concerne l’indice des prix à la consommation confirment ce que nous disions en juin dernier. Malgré la timide baisse relative de l’inflation, les prix des aliments continuent de grimper jusqu’à 10,8 % sur 12 mois en août, un sommet depuis 41 ans. De plus, au dire des économistes, ces prix continueront de grimper dans les prochains mois. Les produits qui connaissent les hausses les plus importantes depuis un an sont les huiles (27,7 %), le pain (15,4 %), les fruits frais (13,2 %), les pâtes et céréales (14,5 %), les oeufs (10,9 %), les légumes (9,3 %), les poissons (8,7 %) et les produits laitiers (7 %). Des produits de base.

Les revenus des gens ne comblent pas cette hausse des prix, au point où, selon l’Institut national de la paie, plusieurs sont rendus à devoir emprunter pour payer l’épicerie. C’est la classe moyenne à faible revenu qui souffre le plus dans cette équation. Un nombre grandissant de ces personnes doivent désormais demander un panier aux banques alimentaires. Celles-ci, d’ailleurs, confirment que plus de 19 % de leurs dons alimentaires profitent à des familles salariées qui ne peuvent plus joindre les deux bouts. Pire, Moisson Montréal n’arrive plus à répondre à 20 % des demandes et fait maintenant appel aux groupes communautaires qu’il dessert pour leur demander de trouver de nouveaux fournisseurs.

Face à cette débâcle économique de la classe moyenne à faible revenu (et que dire des difficultés des plus pauvres d’entre nous), nos partis politiques ne trouvent rien de mieux, en campagne électorale, que de promettre de nouveaux chèques à court terme, nourrissant ainsi l’inflation, selon de nombreux économistes, plutôt que de la combattre. Les grandes chaînes d’alimentation, on les comprend, sont mortes de rire : elles peuvent continuer à augmenter leurs prix, sachant que l’État donnera aux gens les moyens, pour un temps, de les payer.

Si les partis politiques voulaient vraiment aider les gens touchés par cette inflation qui les désarçonne, ils donneraient plutôt cet argent qu’ils ont en trop aux groupes communautaires. Ceux-ci réclament de fait 475 millions de dollars pour soutenir les gens dans leur processus de sortie de la pauvreté. Ils s’empresseraient aussi d’actualiser le cadre de référence gouvernemental en sécurité alimentaire, qui date de 2008, pour qu’il réponde mieux aux besoins actuels.

Mais la solution de fond et à long terme que nous proposons aux partis politiques et au futur gouvernement pour freiner cette boulimie des grandes chaînes d’alimentation (40 % de surprofit pour Loblaw en un an), c’est de réguler ces prix inflationnistes par des mesures comme le bouclier tarifaire (par exemple de 4 %) imposé dans d’autres pays sur des produits contrôlés par le privé. Ces règles gouvernementales anti-inflationnistes cibleraient des produits de première nécessité, comme les fruits et légumes, le pain, les légumes racines et les produits laitiers. Évidemment, l’État dédommagerait certains acteurs, comme les agriculteurs, pour leur garantir un revenu décent, comme il le fait avec la gestion de l’offre.

En fait, l’enjeu ici, qu’aucun parti n’ose nommer, c’est le choix entre le sacro-saint droit de faire des profits, même excessifs, et le droit fondamental de la population de pouvoir s’alimenter normalement. Si l’État, seul gardien du bien commun, ne fixe pas des règles restrictives pour limiter l’appétit gargantuesque des actionnaires de ces grandes compagnies et permettre aux familles du peuple de mieux s’alimenter, qui le fera ?

Il est temps d’avoir un débat de société sur cette anomalie que constitue un secteur privé basé sur l’accumulation de profits qui a le monopole et qui contrôle, seul, l’accès à un besoin essentiel, voire vital, comme l’alimentation. Pour tous les autres besoins essentiels, on fait pourtant appel à l’État pour qu’il fixe les règles du jeu, en principe pour le bien du plus grand nombre.

À quand un réel État arbitre entre les intérêts du bien commun et ceux de quelques-uns ?

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