L’indignation ne doit pas cesser face aux féminicides

«Comme l’illustre tristement le dernier féminicide, la stabilité résidentielle des femmes victimes de violence conjugale est un élément clé de la prévention des féminicides», écrit l'autrice.
Photo: iStock «Comme l’illustre tristement le dernier féminicide, la stabilité résidentielle des femmes victimes de violence conjugale est un élément clé de la prévention des féminicides», écrit l'autrice.

En moins de cinq semaines, une troisième femme a été assassinée dans un contexte de violence conjugale au Québec, ce qui porte à huit le nombre de féminicides depuis le début de l’année.

C’est donc avec consternation que nous observons chaque jour l’absence dans la campagne électorale de ce thème majeur. Est-il devenu normal qu’une femme meure parce qu’elle a décidé de mettre fin à une relation amoureuse ? Avons-nous tout mis en place pour protéger les femmes et les enfants victimes de violence conjugale ?

Il est vrai que les avancements majeurs des deux dernières années sont à souligner, et nous reconnaissons l’implication transpartisane historique pour un meilleur accompagnement des victimes de violences conjugales et sexuelles des dernières années. Or, comme nous pouvons le voir dans le plus récent féminicide, la victime, Gisèle Betondi, s’est dotée des ressources en place pour s’outiller de mécanismes de protection et a porté plainte aux autorités policières.

Toutefois, des lacunes persistantes en ce qui a trait à l’analyse de la dangerosité du conjoint au moment de la remise en liberté et de l’implantation de mécanismes de protection cohérents, comme le bracelet anti-rapprochement, ont failli au détriment de Mme Betondi et de ses trois enfants, qui ont assisté à l’homicide de leur mère.

L’indignation ne doit pas cesser face aux féminicides. Elle doit au contraire venir nourrir la volonté de faire avancer les recommandations du rapport Rebâtir la confiance, qui ne peuvent être implantées qu’à travers une collaboration active des différents acteurs concernés soutenue par une instance de coordination adéquate. Il est temps de se doter des moyens conséquents pour adresser l’ampleur du travail à faire !

Nous invitons les futurs élus à réitérer leur engagement envers le rapport Rebâtir la confiance et à favoriser l’implantation de recommandations clés, notamment celles visant la mise en place d’un organe de coordination. Cette instance de coordination permettrait d’adresser plusieurs recommandations méritant une attention beaucoup plus soutenue, notamment en ce qui a trait à l’encadrement et à l’évaluation des groupes pour conjoints violents, ou encore à garantir une compréhension adéquate de la violence conjugale postséparation au sein de l’appareil judiciaire et policier.

Comme l’illustre tristement le dernier féminicide, la stabilité résidentielle des femmes victimes de violence conjugale est un élément clé de la prévention des féminicides. Si la mise en sécurité des femmes et de leurs enfants dans des maisons d’hébergement d’urgence et de deuxième étape est prioritaire et doit être soutenue par une consolidation des axes de programme spécifiques aux maisons d’hébergement dans les services d’habitation du gouvernement, il ne s’agit pas non plus d’une solution miracle ni durable.

Face à des situations de non-choix pour trouver un logement abordable et adapté à ses besoins et ceux de ses enfants, une femme victime de violence conjugale fait face à une complexité accrue pour sortir de son milieu violent. L’ensemble des acteurs sociojudiciaires et politiques doivent s’allier et reconnaître l’ampleur de la crise du logement qui sévit actuellement au Québec. Sans optique d’accès à un toit abordable pour elles et leurs enfants, des femmes continueront d’être contraintes de se loger de manière inadéquate dans les moments où elles ont le plus besoin de stabilité et de mise en sécurité.

Enfin, il va sans dire que, particulièrement après le nombre élevé de féminicides que nous avons connus au cours des deux dernières années, les enjeux d’égalité de genre devraient être considérés en tant que priorité nationale pour le prochain gouvernement.

C’est pourquoi nous croyons qu’un changement essentiel est nécessaire, et nous demandons aux différents partis de s’engager vers la création d’un ministère des Droits des femmes et de l’égalité disposant de la structure, du personnel, des ressources et de la plateforme nécessaires pour s’acquitter de son mandat, comparativement au secrétariat à la condition féminine qui a historiquement vu ses leviers décisionnels limités.

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