L’abolition des commissions scolaires n’a fait mal qu’aux francophones

«L’abolition des commissions scolaires, c’est un gros coup raté de la CAQ», écrit l’auteur.
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir «L’abolition des commissions scolaires, c’est un gros coup raté de la CAQ», écrit l’auteur.

En mettant à exécution, en février 2020, son très discutable projet d’abolir les commissions scolaires, le gouvernement caquiste aurait voulu humilier la communauté francophone québécoise qu’il n’aurait pas pu faire mieux. Pourquoi ? Parce que ce projet inapproprié de centralisation à Québec de tous les pouvoirs en éducation était si mal ficelé qu’il a permis aux neuf commissions scolaires anglophones de la province d’y échapper, elles et elles seules, et ce, avec une désarmante facilité.

Pour cela, il leur suffisait de se présenter en Cour supérieure en brandissant l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, et le tour était joué. Cet article garantit le droit à l’instruction dans la langue de la minorité, et c’est ce qu’a rappelé le juge Sylvain Lussier, celui qui a entendu la cause. Il a ajouté que les anglophones subiraient « un préjudice irréparable » si la loi 40 entrait en vigueur et que leurs commissions scolaires disparaissaient avec les autres pour être remplacées par des centres de services relevant directement de Québec. Le juge Lussier les en a donc exemptées (août 2020), en attendant un jugement sur le fond de la question, jugement qu’on attend toujours. Le gouvernement Legault en a aussitôt appelé de cette décision, mais il a été débouté en Cour d’appel en septembre 2020.

Ce « préjudice irréparable », c’est donc la majorité francophone qui l’a subi au moment de l’entrée en vigueur de la loi, ce qui est le monde à l’envers dans le contexte québécois. Mais tout s’est passé comme si les francophones n’avaient rien vu. Ils n’ont pas compris qu’ils venaient de perdre leur seule véritable voix en éducation, c’est-à-dire leurs conseils scolaires élus. Sans ce conseil indépendant, comment pourrait-on encore montrer la porte à un directeur général incompétent, comme a pu le faire la Commission scolaire du Val-des-Cerfs (Granby) il y a quelques années ?

Un gouvernement qui improvise peut vous entraîner n’importe où, on le voit avec l’abolition des commissions scolaires. Dans ce cas, la réaction des anglophones et l’issue d’une probable contestation de leur part étaient pourtant prévisibles par les stratèges caquistes, si tant est qu’il en existe. Mais, inconsciemment ou pas, ceux-ci ont fait en sorte que seules les commissions scolaires francophones se retrouvent victimes d’une réforme bancale, vouée à l’échec dès le départ. C’est ainsi que le gouvernement Legault a créé un Québec à deux vitesses en éducation au détriment de la majorité. C’est carrément honteux !

Cancre canadien

 

Qui plus est, ce gouvernement a fait en sorte que le Québec occupe désormais la place du dernier de classe au Canada en matière de représentation scolaire. Dans les neuf autres provinces et les trois territoires, il existe partout des commissions scolaires où des conseils scolaires francophones composés d’élus administrent les écoles et représentent les parents, en partenariat avec leur gouvernement. Même chose chez les anglophones. Or, les modèles du Rest of Canada ne devraient-ils pas inspirer François Legault, cet ex-indépendantiste devenu fédéraliste après avoir perdu la foi ?

L’abolition des commissions scolaires, c’est un gros coup raté de la CAQ, du « n’importe quoi » dont il faudra bien reparler en campagne électorale, vu l’injustice manifeste causée aux francophones et les vides juridiques créés. Par exemple, qu’adviendra-t-il de la taxe scolaire, que seules les commissions scolaires anglophones peuvent encore percevoir en tant que gouvernement local ? De quel droit le gouvernement la prélève-t-il maintenant lui-même du côté francophone, où il a pourtant éliminé les commissions scolaires ? À ce compte-là, pourquoi ne puiserait-il pas directement dans la richesse foncière des municipalités pour financer les hôpitaux, ou encore la réfection des routes ? De ce côté-là aussi, il y a des choses qui clochent.

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