Notre génération vaut mieux que ça

«Notre génération, c’est aussi des jeunes qui vont vouloir autre chose comme façon de voir le monde», écrit l’auteur.
Photo: Michaël Monnier archives Le Devoir «Notre génération, c’est aussi des jeunes qui vont vouloir autre chose comme façon de voir le monde», écrit l’auteur.

Je suis étudiant au collège de Maisonneuve. Je suis un nationaliste, empreint dans ma vision politique d’un réalisme que j’essaie de garder le plus froid possible. En bref, l’idée de définancer la police, pour moi, relève de la blague. Une blague dangereuse, mais une blague quand même.

J’ai d’assez bonnes notions d’histoire pour affirmer qu’aucune situation d’anarchie, qui suivrait inévitablement l’abolition de la police, n’a su perdurer. De plus, rares sont les situations d’anarchies qui ont été suivies par une démocratie en santé. En effet, la Russie postsoviétique était une jungle où un réalisateur de cinéma pouvait sans problème acheter un vrai tank pour son film en échange d’une bouchée de pain. Conséquence : Poutine a émergé de ce chaos, et cette anarchie créée par la chute de l’URSS a mené à la guerre en Ukraine qu’on connaît.

On peut aussi parler de l’émergence double de régimes impériaux bonapartistes en France après des révolutions mal maîtrisées. Même Minneapolis a dû reculer face aux mêmes demandes qui sont aujourd’hui formulées par la Société générale des étudiants et étudiantes du collège de Maisonneuve (SOGEECOM) parce qu’elles causaient trop de criminalité et de chaos.

Notre génération se tient avec les flics. On se tient avec les gens qui sont terrorisés par les fusillades à Montréal. Ça ne veut pas dire qu’on est naïfs sur certains problèmes que peut avoir la police, mais on fait assez confiance à la société pour croire qu’on peut régler ces problèmes-là avec les policiers et non contre eux.

Souvent, on va présenter notre génération comme une génération woke. C’est à nuancer. Les plus « vocaux » le sont. Mais la majorité ne l’est pas. Pendant un cours de sociologie donné par une enseignante ouvertement à gauche, cette enseignante s’est déjà plainte du manque de ferveur militante qu’affichait la classe, disant que ce manque représentait une insulte pour les différentes minorités. Pendant l’entièreté de la session, quasiment personne ne prenait la parole pendant son cours, dans ce qui semblait être un boycottage par le silence.

Au contraire, un cours d’histoire donné par un enseignant plus neutre, Samuel Trudeau, suscitait l’enthousiasme de la classe grâce au bon humour du professeur, même les élèves plus à gauche et plus libéraux interagissant beaucoup dans le cadre du cours. Ce que je demande, respectueusement, aux commentateurs comme Richard Martineau et Mathieu Bock-Côté, c’est d’arrêter de propager l’idée que la génération Z est aveuglément, totalement woke.

Notre génération, c’est aussi des jeunes qui vont vouloir autre chose comme façon de voir le monde. Des jeunes qui rejettent les idéologies extrémistes. Des jeunes qui veulent la paix et non la révolution. Des jeunes qui veulent vivre au Québec et ne reconnaissent pas Montréal comme un territoire non cédé.

Bref, on existe aussi. Merci beaucoup.

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