Les fournitures scolaires reproductrices d’inégalités sociales

Certains parents devront faire des démarches auprès d’organismes pour obtenir l’aide nécessaire à l’obtention du matériel exigé par l’école, déplore l’autrice.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Certains parents devront faire des démarches auprès d’organismes pour obtenir l’aide nécessaire à l’obtention du matériel exigé par l’école, déplore l’autrice.

Dans le cadre d’un ancien emploi dans le secteur de la lutte contre le décrochage scolaire, j’ai défendu, à coups de mémoires et de démarches politiques, l’égalité des chances en éducation et l’importance de valoriser l’école publique. Je m’efforçais de ne pas juger les parents qui se tournaient vers l’école privée en me répétant qu’il est absolument aberrant de devoir choisir entre l’intérêt collectif et l’intérêt de ses propres enfants. Le système d’éducation tel qu’on le connaît (à trois vitesses) est à blâmer, pas les parents.

Sans enfant en âge de fréquenter l’école à cette époque, j’avais sous-estimé ce que représentait le fait d’être face à ce dilemme éthique. Surtout, j’avais sous-estimé le faux choix de plusieurs parents qui ne maîtrisent pas les tenants et aboutissants de notre système d’éducation ou qui n’ont pas les ressources financières leur permettant d’opter pour autre chose que l’école publique de leur quartier. J’avais aussi sous-estimé l’amplitude du fossé des inégalités sociales qui apparaît trop tôt et qui se creuse au fil du parcours des enfants.

Ayant aujourd’hui une fille qui fera son entrée à la maternelle lundi, je constate à quel point notre système échoue, ou refuse tout simplement d’offrir les mêmes chances à tous les enfants. Comme on le sait, les contours des inégalités en éducation sont tracés dès le départ par l’accès absolument insuffisant aux centres de la petite enfance (CPE). Ils continuent à se dessiner lorsque vient le temps de l’inscription à l’école primaire. Plusieurs parents inscrivent le nom de leur enfant à des tirages au sort pour des écoles alternatives ou des écoles à libre choix ; les plus chanceux voient leurs noms pigés. Certains, qui ont les moyens financiers nécessaires, choisissent l’école privée. Tous les autres optent pour l’école publique de leur quartier ; par dépit, par méconnaissance, par principe ou par amour de celle-ci.

J’ai fait le choix de l’école publique du quartier, surtout par principe. Or, à l’aube de la rentrée scolaire, force m’est de constater que le système public génère aussi son lot d’inégalités, qui se matérialisent dans plusieurs aspects organisationnels et logistiques, à commencer par celui du matériel scolaire. Pour plusieurs parents, la réception de la liste des fournitures scolaires à acheter représente simplement une occasion de magasinage, pouvant, certes, comporter son lot de désagréments.

Mais pour d’autres, elle signifie devoir faire des démarches, parfois fastidieuses, auprès d’organismes pour obtenir l’aide nécessaire à l’obtention du matériel exigé par l’école. Pour d’autres encore, cette liste est synonyme d’importants sacrifices, souvent sur des besoins de base. L’achat des fournitures scolaires est ainsi susceptible de générer du stress, de l’angoisse et de la honte.

L’école publique reproduit donc les inégalités sociales par cette exigence d’achat de fournitures scolaires obligatoires, alors qu’elle devrait plutôt contribuer à les aplanir en fournissant le matériel nécessaire à tous les enfants. Sur ce, je vais aller terminer d’identifier les fournitures scolaires (avec des étiquettes que l’on doit préférablement acheter) et acheter le nécessaire à la confection de lunchs santé et zéro déchet à la portée de quelques parents, mais présentés comme une injonction. Bonne rentrée !

À voir en vidéo