Écoparc industriel de la Grande Prairie, ou l’art de bâtir des îlots de chaleur

«En ne possédant pas le foncier, la Ville ne mène plus le bal», déplore l’auteur. En photo, des citoyens du quartier Mercier-Hochelaga-Maisonneuve expriment leur opposition, en 2021. 
Photo: Hubert Hayaud archives Le Devoir «En ne possédant pas le foncier, la Ville ne mène plus le bal», déplore l’auteur. En photo, des citoyens du quartier Mercier-Hochelaga-Maisonneuve expriment leur opposition, en 2021. 

Nos villes ne sont pas toujours des lieux agréables l’été. Il y fait de plus en plus chaud et les épisodes de canicules se succèdent les uns après les autres. C’est la raison pour laquelle plusieurs plaident pour une ville plus résiliente, mieux adaptée aux changements à venir. Dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (MHM) nous faisons tout le contraire. Nous bâtissons des îlots de chaleur. Nous construisons de nouvelles routes. Nous détruisons — ou projetons de le faire — des espaces de verdure. Et nous baptisons le tout : Écoparc industriel de la Grande Prairie.

L’Écoparc, c’est la formule trouvée par la Ville pour encadrer les activités industrielles dans le secteur Assomption-Sud, un quadrilatère formé des rues Viau, Hochelaga, Notre-Dame et l’autoroute 25. Il constitue la réponse de l’administration en place au projet de Cité de la logistique. Avec la croissance des échanges commerciaux, l’industrie du transport a besoin de toujours plus de routes, de sites d’entreposage et d’accès au port.

Cette croissance n’est pas sans effet sur les citoyens et citoyennes qui habitent à proximité et à l’intérieur du futur écoparc industriel. Les élus doivent donc réfréner les envies des tenants de l’industrie du transport de marchandises de tout asphalter, tout en assurant une meilleure qualité de vie pour les résidents et résidentes. Ce qui, dans un secteur consacré au transport des voitures et des marchandises, n’est pas une mince affaire.

La Ville de Montréal, dans son désir de réduire les nuisances générées par les activités industrielles et de transport, aurait pu s’appuyer sur de vastes espaces en voie de revégétalisation. En effet, des terrains abandonnés, à la limite ouest du futur écoparc, comme ceux de l’ancien entrepôt Steinberg, de la fonderie Canadian Steel et de la cour de triage du CN, vestiges de l’industrialisation du siècle dernier, sont devenus au fil du temps et de leur abandon de véritables oasis de verdure. En fait, ils constituent, sans en avoir le statut encore, un véritable parc comme on doit les concevoir aujourd’hui en 2022, au moment où les effets de la crise climatique sont de plus en plus apparents.

Avec l’intensification en cours des activités économiques, ces terrains sont malheureusement de retour dans la mire des développeurs tous azimuts, au grand désespoir des citoyens et citoyennes qui les fréquentent en grand nombre depuis des années. Et qui se demandent pourquoi, alors que la planète s’enflamme en cet été 2022, est-ce si difficile de préserver ce début de renaturalisation dans un territoire qui, pour le reste, est consacré au béton et à l’asphalte.

Une partie de la réponse tient au fait que la Ville ne possède pas ces terrains et qu’elle ne peut les acquérir, nous dit-on, en l’absence de toute modification à l’actuelle Loi sur l’expropriation, à cause de leur coût trop élevé. En ne possédant pas le foncier, la Ville ne mène plus le bal, elle laisse ce privilège, tout en essayant de l’encadrer, aux acteurs de l’industrie du transport des marchandises.

C’est donc une entreprise de transbordement de conteneurs, Ray-Mont Logistiques, pour ne pas la nommer, qui, par le gigantisme de ses activités, façonnera le devenir de nos quartiers, en asphaltant 2,5 millions de pieds carrés aux dépens de ce qui reste de verdure. C’est aussi le ministère des Transports qui rasera un jeune boisé pour le prolongement de l’avenue Souligny et celui du boulevard de l’Assomption. C’est également le Canadien National (CN), fermé à toutes discussions quant à l’avenir de ses terrains, bien qu’ils soient devenus des prés fleuris à la suite de l’absence quasi complète d’activités ferroviaires depuis des années.

Nous assistons en fait à un événement majeur dans l’est de Montréal : les activités portuaires, le transbordement et l’entreposage de conteneurs traverseront la rue Notre-Dame et se feront dorénavant aux abords des résidences de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. À notre échelle locale, cela veut dire quelque chose : plus de camions, plus d’îlots de chaleur, plus de pollution, sonore comme atmosphérique. Et, surtout, la destruction de ce qui pourrait être l’amorce d’un véritable parc-nature dans l’est de Montréal.

À terme, cela fragilisera la situation de milliers de citoyens et de citoyennes de MHM. Et c’est ce que le projet d’écoparc industriel tente dorénavant de cacher.

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