1942, Dieppe mais pas seulement…

Les corps de soldats canadiens, après le raid sanglant du 19 août 1942 sur la plage de Dieppe.
Photo: La Presse canadienne Les corps de soldats canadiens, après le raid sanglant du 19 août 1942 sur la plage de Dieppe.

Ce 19 août 2022, nous commémorons les 80 ans d’une opération qui fut la première contribution terrestre d’envergure du Canada contre le nazisme durant la Deuxième Guerre mondiale. Nom funeste dans la mémoire canadienne, Dieppe est un raid amphibie dont les Canadiens fournirent la majorité des effectifs.

Monté par les Britanniques, ce raid répond à des considérations politiques et militaires : tester les défenses côtières ennemies, obtenir de l’information et récupérer des prisonniers, détruire de l’armement côtier, tester du matériel et des tactiques amphibies, et maintenir une pression sur l’ennemi pour répondre aux préoccupations de Staline, qui affronte la Wehrmacht depuis juin 1941.

Une fois les buts atteints, les hommes devaient rembarquer. Dans une Europe occupée par l’armée allemande depuis l’été 1940, Dieppe n’est qu’un raid amphibie parmi d’autres organisés par les Britanniques avec des troupes d’élite (ancêtres des forces spéciales) ayant des objectifs de mission précis et limités dans le temps et l’espace.

De ces raids amphibies de la Deuxième Guerre mondiale, si celui de Dieppe est le plus connu, c’est parce que, dès le début de l’opération, rien ne fonctionne comme prévu. Les Allemands, alertés, attendent de pied ferme les Canadiens qui doivent débarquer sur les plages dieppoises. L’ampleur de l’échec est telle que la censure ne peut longtemps masquer les faits.

La propagande alliée tente de faire d’une défaite une « victoire » en affirmant que ce raid permet de tirer des leçons pour le débarquement qui devra libérer l’Europe (idée reprise après le succès du débarquement en Normandie, en juin 1944, mais remise en cause aujourd’hui par les historiens).

Si l’on compare ce raid avec la situation actuelle en Ukraine, Dieppe nous rappelle que, dans le domaine militaire, une situation tactique difficile ne présage en rien l’issue stratégique : perdre une bataille ne signifie pas perdre la guerre. Dans un conflit, à côté de la donne militaire, il y a en effet des éléments politiques et économiques à considérer, qui vont jouer dans la balance à long terme.

Effort de guerre

 

Nous l’oublions, mais l’année 1942 est une période charnière pour l’effort de guerre canadien, et ce, sur plusieurs plans : conscription, engagement des femmes, minorités malmenées, menace allemande dans les eaux canadiennes et implication des Canadiens français.

En 1942, le premier ministre canadien soumet au référendum la question d’envoyer ou non les conscrits canadiens outre-mer, alors qu’au début du conflit il s’était engagé à ce qu’ils ne servent qu’au pays. Le oui l’emporte au Canada anglais tandis que le non est majoritaire au Québec. Pour temporiser et atténuer les tensions, l’envoi de conscrits ne se fait qu’en 1944.

Pour les Canadiennes, l’année 1942 les voit intégrer la Marine royale (dès 1941 en ce qui concerne l’armée et l’aviation) pour effectuer des tâches non liées aux combats, afin de libérer des soldats pour le front. C’est un premier pas vers l’inclusion des femmes dans les Forces armées canadiennes.

Dans la société, 1942 voit l’implantation du rationnement, avec des carnets permettant d’échanger des coupons contre des aliments, tandis que les ménagères font pression sur les commerçants pour s’assurer de contrôler l’inflation des prix des aliments.

1942, c’est aussi l’enfermement des Canadiens d’origine japonaise après l’attaque nipponne de Pearl Harbor et de la colonie britannique de Hong Kong, en décembre 1941. La communauté nippo-canadienne est alors vue comme un ennemi, et ses membres sont internés dans des camps jusqu’en 1945, tandis que leurs biens sont confisqués.

Sur mer, 1942 est l’année qui voit les U-boats allemands s’aventurer dans le Saint-Laurent pour couler des navires chargés de matériel de guerre pour les Alliés en provenance des ports de Québec et de Montréal. Cet épisode de la bataille de l’Atlantique est déjoué par le développement de radars le long du fleuve et par l’observation aérienne.

En aviation, 1942 est l’année où naît l’Escadrille 425 « Alouettes », une unité canadienne-française de bombardiers qui, au sein du 6e Groupe de l’Aviation royale canadienne, participe en Europe aux bombardements du territoire ennemi. Dans l’après-guerre, l’unité fournit une main-d’oeuvre canadienne francophone qualifiée en aéronautique.

Ainsi, au-delà de Dieppe, 1942 fut un tournant pour le Canada, avec un engagement « total » dans le second conflit mondial.

À voir en vidéo