Les analyses du CAPFE ne portent pas sur l’adhésion à un dogme

Le CAPFE traite de façon impartiale, juste et équitable les demandes qui lui sont transmises concernant la création de nouveaux programmes de formation à l’enseignement et les modifications des programmes déjà agréés, résume l’auteur.
Photo: Martine Doucet Getty Images Le CAPFE traite de façon impartiale, juste et équitable les demandes qui lui sont transmises concernant la création de nouveaux programmes de formation à l’enseignement et les modifications des programmes déjà agréés, résume l’auteur.

Mon devoir de réserve en tant que président du Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement (CAPFE) m’a incité à me tenir à l’écart du « bras de fer entre le ministre Jean-François Roberge et [ce] comité d’experts chargé d’évaluer la formation des enseignants » que rapportait Marco Fortier dans Le Devoir du 10 août 2022. Mais les allégations de Julien Prud’homme, dans un article publié le lendemain, toujours par Le Devoir, me convainquent de sortir de cette réserve.

Selon M. Prud’homme, « si les bacs en enseignement au secondaire étaient un succès clair, on pourrait vivre avec les inconvénients du CAPFE, mais ce n’est pas vrai que l’oeuvre du CAPFE a mené à des résultats très probants ».

Il faut donc d’abord rappeler que les baccalauréats et les maîtrises en enseignement secondaire ne sont pas en cause dans cette discussion. Les maîtrises qualifiantes existent au secondaire depuis plus d’une dizaine d’années. Le CAPFE ne s’oppose donc pas aux maîtrises en enseignement.

Cependant, le CAPFE doit s’assurer que les programmes menant à un brevet en enseignement respectent les politiques et les encadrements ministériels, et notamment que les personnes qui s’inscrivent dans ces programmes ont les préalables requis.

Ainsi, une personne formée en histoire ou en études classiques peut s’inscrire dans une maîtrise qualifiante. J’ai enseigné à plusieurs personnes ayant ce profil. Il s’agissait d’excellents étudiants et il s’agit maintenant d’excellents enseignants. Toutefois, dans la plupart des cas, ces étudiants ont dû suivre plusieurs cours préalables ou concomitants de géographie, par exemple, pour compléter leur formation.

Une maîtrise en éducation préscolaire et en enseignement primaire pose d’autres problèmes, car les enseignants que forme une telle maîtrise doivent enseigner dans plusieurs champs du savoir : langue première, mathématiques, sciences… C’est l’un des éléments qui posaient une difficulté lors de l’examen des dossiers pour lesquels le CAPFE a offert son aide aux universités concernées afin qu’elles améliorent leurs projets respectifs.

M. Prud’homme ne réglera pas le problème du « glissement des inscriptions » en histoire (Prudhomme, 2020), un domaine « qui a connu les baisses de recrutement les plus significatives ces dernières années » (Dorais et Pâquet, 2020), en en créant un autre.

Il faut ensuite redire à M. Prud’homme que le CAPFE ne se mêle pas des moyens que prennent les universités pour former les étudiants. Les universités ont une obligation de résultat, pas de moyenS. Les analyses du CAPFE ne portent pas sur l’adhésion à un dogme, mais sur la cohérence entre les moyens proposés par les universités et les fins qu’elles doivent poursuivre, lesquelles se concrétisent dans divers encadrements, comme le nouveau référentiel de compétences (édicté par le ministre Roberge en décembre 2020) et le Règlement sur les autorisations d’enseigner.

Enfin, je dois préciser que le CAPFE, en vertu de la Loi sur l’instruction publique, est composé de quatre enseignants à l’éducation préscolaire ou à l’enseignement primaire ou secondaire, d’un membre du personnel professionnel (comme les orthopédagogues) et de trois personnes qui enseignent à l’université.

Il doit également assurer son rôle d’instance d’assurance-qualité en se basant non sur des pressions politiques partisanes ou sur un préjugé envers une institution ou une chapelle, mais sur des critères d’analyse et des modalités de fonctionnement. Ce faisant, il traite de façon impartiale, juste et équitable les demandes qui lui sont transmises concernant la création de nouveaux programmes de formation à l’enseignement et les modifications des programmes déjà agréés.

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