Cassez l’adversité toxique!

Façonner des enfants forts et résistants empêche manifestement l’émergence de problèmes de santé mentale, constate l’auteur.
Photo: iStock Façonner des enfants forts et résistants empêche manifestement l’émergence de problèmes de santé mentale, constate l’auteur.

Il y a tant d’adversité dans le monde et tellement de fragilité humaine. Nous en sommes tous affectés à divers degrés. Malheureusement, les enfants n’y échappent pas. Alors qu’ils commencent à peine cette vie à obstacles, leur base de résilience est menacée. Je le constate régulièrement dans mon quotidien de pédiatre social : ils sont trop souvent laissés à eux-mêmes, sans guide et sans espoir, comme amputés de leurs forces vives. Comment peuvent-ils se développer pleinement dans de telles conditions ?

Les catastrophes naturelles, tout comme les drames humains, nous guettent chaque jour et à chaque instant. Mais le pire, c’est que les valeurs d’entraide et de soutien s’effritent de plus en plus, laissant l’adversité gagner du terrain auprès des enfants. Nous devons tout faire pour l’éviter, ou au moins l’atténuer. Je dirais même : cassons l’adversité. Casser, selon Le Robert, c’est, entre autres, « endommager de manière à empêcher le fonctionnement ».

La première réaction de l’enfant face à l’adversité est de figer, ou encore de fuir ou de se cacher. Son développement, sa sécurité et son bien-être sont alors compromis. D’où la nécessité de casser cette adversité :

– par l’apprentissage précoce de la gestion de ses émotions et de son côté pratique, en apprenant à ne pas se laisser envahir par la peine, la colère et la démotivation qui va de pair. Par exemple, nous pouvons lui apprendre à respirer et à se décentrer, comme si l’attaque ne le concernait pas. La pratique de la pleine conscience ou d’autres méthodes de relaxation rapides sont particulièrement efficaces en la matière.

– par la prise de conscience de ses propres forces, et particulièrement de ses talents. En cas d’attaque adverse ou toxique, comme dans le cas de l’intimidation, l’enfant doit apprendre à se centrer sur des « boucliers », dont l’un des principaux consiste à créer en chantant à voix basse, en se mettant à colorier, à dessiner, ou à se rendre invisible dans un autre monde intérieur.

– par l’enseignement et le développement en bas âge d’habiletés sociales essentielles au vivre-ensemble, à l’empathie et au respect d’autrui, qui serviront toute la vie.

Les parents, les éducateurs et les accompagnants doivent s’assurer que les enfants connaissent ces mécanismes protecteurs. Ce sont eux qui ont le pouvoir d’agir auprès des enfants en bas âge par l’éducation, le mentorat et l’accompagnement personnalisé.

Le « village » — ou ce que j’appelle, en pédiatrie sociale en communauté, « le cercle protecteur de l’enfant » — doit veiller à ce qu’il y ait de la bienveillance envers les enfants, surtout envers les plus vulnérables. Façonner des enfants forts et résistants empêche manifestement l’émergence de problèmes de santé mentale.

Les conséquences désastreuses de l’adversité que l’on observe dans le monde sur les plans humain et économique sont évitables. À nous d’agir.

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