La propagande politique de la CAQ

«Dans leur panégyrique du chef de la CAQ, les députés caquistes contribuent à le sacrer chef tout-puissant», observe l’auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Dans leur panégyrique du chef de la CAQ, les députés caquistes contribuent à le sacrer chef tout-puissant», observe l’auteur.

Depuis quelques semaines, la publicité de la CAQ repose sur les propos de députés et de quelques figurants non élus transformés en thuriféraires du premier ministre Legault. Dans des capsules simplistes, leurs messages consistent à vénérer le premier ministre et à en chanter les louanges : il écoute, il décide, il agit, etc.

Le député de Blainville se fait même prophète en annonçant que le premier ministre deviendra « intouchable ». François Legault serait-il un dieu ? Ce député nous demandera-t-il de croire au sauveur de la nation sans même connaître ses dix commandements et ses dogmes ? C’est ainsi que l’on cultive bêtement le culte de la personnalité.

Plusieurs tactiques de ces mises en scène correspondent aux créneaux élémentaires de la propagande politique. Premièrement, on fait appel à l’instinct grégaire des gens pour installer une sorte de conformisme basé sur l’adhésion à l’image du premier ministre. Ce type de propagande se forge par l’infantilisation de la population jugée, consciemment ou pas, incapable d’analyser des idées ou des propositions politiques ; on réduit les gens à se reconnaître dans la personnalité du chef, point à la ligne. Ne cherchons pas l’ombre d’une idée ou d’une position du premier ministre sur des enjeux cruciaux (changement climatique, services de santé, éducation, immigration, racisme, relations avec les Premières Nations, etc.). Aucun contenu, sauf le mirage.

Deuxièmement, dans leur panégyrique du chef de la CAQ, les députés caquistes contribuent à le sacrer chef tout-puissant, ce qui n’est pas sans rappeler la vénération que les députés de l’Union nationale vouaient à leur « Chef », Maurice Duplessis.

Troisièmement, il suffit de quelques mots-clés pour convaincre : écouter et agir. Ce message général se moule dans le sens des propos convenus du premier ministre qui se complaît à répéter qu’il gouverne en s’appuyant sur les opinions de la nation… parce qu’il l’écoute. On exploite ce thème ad nauseam ; en résumé, les députés sur le terrain écoutent et informent le chef au sujet des desiderata de la nation. À son tour, le chef les écoute et traduit en acte la volonté de la population ; on reconnaîtra là l’éloge solennel du ministre Christian Dubé à l’égard de son chef.

En d’autres termes, on évoque une convergence totale entre les idées et les valeurs de la nation et le premier ministre. Selon les dévots députés, ce dernier incarnerait la voix du peuple. On reconnaît là le nationalisme identitaire à la couleur caquiste. C’est pourquoi il est normal que le pouvoir soit concentré entre ses mains, répète-t-on en choeur, sans le dire ouvertement. Rappelons la stratégie du premier ministre qui, tout au long de la gestion de la pandémie, a géré par décrets et n’a laissé place à aucun débat avec les partis de l’opposition.

Quatrièmement, par essence, la propagande politique est une stratégie offensive pour présenter un ensemble d’idées simples, dans un refrain monocorde, à l’ensemble de la population ; l’objectif vise à la forger et à l’amener à adhérer à la valeur intrinsèque d’un personnage, et ce, sans considération aucune de ses véritables caractéristiques. Le peuple devrait donc faire un acte de foi à l’égard du premier ministre, dit-on essentiellement dans les capsules publicitaires. Pas de questions, s’il vous plaît. Il est l’homme de la situation, parfait et vertueux. Kim Jong-un n’en demanderait pas tant…

À lui seul, François Legault incarnerait la nation. « Un homme, une nation » deviendra-t-il le slogan de la CAQ ? À l’inverse, à l’égard d’adversaires, on utilisera probablement, dans un deuxième temps de cette stratégie propagandiste, des images, des situations, des histoires, des symboles et des propos qui suscitent méfiance, dégoût, voire le rejet. Dans les deux cas, on fait appel à des émotions collectives. La construction de l’image de Donald Trump a fourni une illustration incomparable des abus de discours pour discréditer les adversaires et mettre en valeur Trump comme clown proclamé porte-voix du « vrai monde ».

En somme, la propagande politique, estime David Colon dans Propagande, la manipulation de masse dans le monde contemporain : « Les foules sont moins sensibles aux raisonnements qu’aux sentiments excessifs, aux exagérations, aux simplismes, aux affirmations violentes des orateurs qui exercent une influence sur elles en recourant à des “idées images”. » La CAQ a bien compris ce principe et elle ne s’en prive pas. En bout de piste, l’accès au pouvoir reste l’objectif ultime et beaucoup de gens votent sur l’image qu’on leur présente…

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