Pour un véritable Réseau express vélo autour du CHUM

«En se positionnant contre la sécurisation d’une piste cyclable existante rue Viger, le CHUM fait malheureusement bien mauvaise figure dans cette transformation nécessaire de notre ville», écrit l’auteur.
Jacques Nadeau Le Devoir «En se positionnant contre la sécurisation d’une piste cyclable existante rue Viger, le CHUM fait malheureusement bien mauvaise figure dans cette transformation nécessaire de notre ville», écrit l’auteur.

Les bénéfices du transport actif sur le plan de la santé ne sont plus à faire : dans les villes où on a opéré un transfert modal majeur vers le transport actif, on a pu démontrer une diminution de l’obésité, du diabète, des problèmes d’hypertension artérielle, des maladies cardiaques athérosclérotiques, de plusieurs types de cancers et de problèmes anxio-dépressifs. On y note même une incidence moindre de troubles cognitifs.

Les transports actifs diminuent aussi les émissions de GES, la pollution atmosphérique, les exacerbations d’asthme et de maladies pulmonaires chroniques. Faut-il rappeler qu’à Montréal, les autos causent plus de 1500 décès prématurés et plus de 6000 cas d’exacerbation de bronchite infantile par an ? À proximité des artères importantes de Montréal, une incidence plus élevée de petit poids chez les bébés a aussi été démontrée.

Par ailleurs, l’automobile participe à l’intensification des îlots de chaleur, particulièrement au centre-ville — îlots qui sont responsables d’une morbidité et une mortalité de plus en plus élevées. De nombreuses données sur la pollution de l’air associée au trafic automobile sont répertoriées dans le rapport Mobiliser les preuves, publié par l’Association canadienne des médecins en environnement.

En se positionnant contre la sécurisation d’une piste cyclable existante rue Viger, le CHUM fait malheureusement bien mauvaise figure dans cette transformation nécessaire de notre ville. Mettre la piste ailleurs ? La présence de vélos du côté sud serait un non-sens absolu : il y a quelques dizaines de mètres plus loin une bretelle vers l’autoroute Ville-Marie, et l’entrée même du stationnement de vélos du CHUM ne serait plus accessible. Le boulevard René-Lévesque a aussi un besoin criant de sécurisation cycliste, mais ce besoin est complémentaire et non concurrent à celui de sécuriser la rue Viger.

Par ailleurs, l’exemple du Vancouver General Hospital — où il y a autant d’ambulances (des autos et taxis utilisent aussi l’entrée) — nous montre qu’il peut y avoir une piste cyclable qui borde un hôpital sans que surviennent des accidents entre vélos et ambulances. En outre, les rapports remplis dans les ambulances pourraient très bien être rédigés sur la rue Sanguinet ou ailleurs. Enfin, le vélo apparaît comme une excellente façon de diminuer la congestion routière : par la consolidation de la voie cyclable, on apaise le secteur en favorisant une réduction du nombre d’automobiles et en partageant la route entre tous ses usagers.

Il est plus que temps de penser et de planifier la ville en cessant de systématiquement privilégier l’automobile sur nos rues. Un centre de santé innovant et attentif aux défis climatiques qui nous préoccupent collectivement comme le CHUM se doit de tout faire afin de favoriser les transports actifs et collectifs, et de diminuer l’utilisation de l’automobile. C’est une question de santé publique, d’accès aux services, et de démocratie fondamentale.

À l’AQME, nous espérons que le CHUM — en cohérence avec ses objectifs de développement durable et de carboneutralité — reviendra sur sa position et fera preuve d’une meilleure collaboration avec la Ville de Montréal afin qu’elle puisse sécuriser les infrastructures cyclistes existantes du secteur et en créer de nouvelles, ce qui bénéficierait à tous les usagers du CHUM et à tous ceux qui passent au centre-ville.

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