Des contes à l’image de nos bibliothèques

«Le public a soif de gens qui s’assument. Il n’a d’ailleurs jamais reculé devant les cheveux roses des bibliothécaires parce qu’il saisit qu’être entouré d’information nous pousse nécessairement à sortir des cadres conservateurs et à explorer l’univers des possibles», affirme l'autrice.
Photo: iStock «Le public a soif de gens qui s’assument. Il n’a d’ailleurs jamais reculé devant les cheveux roses des bibliothécaires parce qu’il saisit qu’être entouré d’information nous pousse nécessairement à sortir des cadres conservateurs et à explorer l’univers des possibles», affirme l'autrice.

Malgré la mauvaise presse qu’ont les bibliothèques publiques dernièrement (pensons aux articles à propos du passeport vaccinal et, encore plus récemment, à ceux qui rapportaient l’annulation des animations de Barbada), il est primordial de répéter que nos institutions sont portées par un personnel bienveillant, accueillant et ouvert. Cette ouverture à la diversité concerne toutes les orientations, les identités et les expressions de genre, que nous incarnons d’ailleurs bien souvent nous-mêmes.

Les grands défenseurs de la liberté d’expression et les vaillants combattants de la culture de l’annulation (cancel culture) sont bien silencieux cette semaine. Ils ne dénoncent pas la censure imposée à l’art de Barbada, et nous, en bibliothèque, devons rester muets et muettes en raison d’enjeux politiques d’un niveau supérieur au nôtre et contre lesquels nous ne pouvons nous élever.

Vous ne nous entendez pas, mais nous sommes là.

Sans avoir accès à l’argumentaire justifiant le refus de recevoir Barbada dans leurs bibliothèques, nous nous doutons bien que les élus et élues de Saint-Laurent ont pris leur décision en inférant une certaine homophobie, voire une transphobie à leurs électeurs et électrices. Ce qui s’est produit à Dorval est bien réel, mais s’y plier ne contribue pas à faire avancer la société, bien au contraire. De plus, le public se fait lire des heures du conte par des licornes, le lapin de Pâques et le père Noël depuis qu’il est tout jeune : il en a vu d’autres, et il conçoit généralement facilement l’existence d’un personnage de plus, ou d’une « créature » de plus, pour citer la mythique Rita Baga.

Le public a soif de gens qui s’assument. Il n’a d’ailleurs jamais reculé devant les cheveux roses des bibliothécaires parce qu’il saisit qu’être entouré d’information nous pousse nécessairement à sortir des cadres conservateurs et à explorer l’univers des possibles. Pourtant, fut un temps où cet exemple tout simple aurait créé une controverse. Nos valeurs changent vite et nos préjugés disparaissent.

C’est ce en quoi consiste, véritablement, le rôle de bibliothécaire : une vocation pour l’avancement de la société par l’éducation et l’accessibilité à l’information. Ce doit sembler ironique pour celles et ceux qui croient qu’on s’accroche à de vieilles archives poussiéreuses.

La mission d’inclusion des bibliothèques publiques est centrale à notre identité, pourtant, et elle est plus large que la simple idée d’entretenir des collections variées. Ce serait complètement incohérent, autant en termes de morale qu’en termes de ressources, de tenir des documents sur l’art de la drag tout en souhaitant qu’ils restent sur leur rayonnage.

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