Les évictions, une bombe sociale à retardement

Dans un contexte de crise du logement, chaque éviction a le potentiel de devenir un drame, estiment les auteurs.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Dans un contexte de crise du logement, chaque éviction a le potentiel de devenir un drame, estiment les auteurs.

Au Québec, les mois de juin et juillet sont marqués par la grande tradition du déménagement : une réalité qui est normalement synonyme de stress pour plusieurs Québécois et Québécoises, et qui l’est encore plus cette année dans le contexte de crise du logement que nous connaissons. Entre les électroménagers, les déménageurs et la valse des départs et des arrivées se cache une réalité d’autant plus anxiogène pour certains : une convocation au Tribunal administratif du logement (TAL).

Lointain et étranger pour la majorité des Québécois et des Québécoises, ce tribunal rend pourtant des décisions qui ont un impact considérable sur un aspect intime de la vie des locataires : leur chez-eux. Nous apprenions plus tôt ce mois-ci qu’un homme âgé était mort dans sa voiture après avoir été évincé de son logement. Évidemment, loin de nous l’idée de faire porter au Tribunal la responsabilité de cette tragédie qui était, dans les faits, peu envisageable. Ce décès témoigne toutefois des conséquences que peut avoir une éviction sur les locataires ; particulièrement sur les plus vulnérables.

Cet événement, loin d’être un simple fait divers, devrait servir de tremplin à l’élaboration d’une nouvelle réflexion sur l’état du filet social québécois. Longtemps vanté pour son efficacité, ce dernier comporte aujourd’hui des trous béants dans lesquels tombent trop d’individus à la situation précaire. Dans un contexte de crise du logement, chaque éviction a le potentiel de devenir un drame. Nous parlons ici de gens à la rue, de familles en difficulté, d’augmentation du loyer à payer, de la croissance de la précarité.

Or, des solutions existent, et certaines ont déjà été mises en place dans le passé. En effet, durant les premiers mois de la pandémie de COVID-19, au Québec, la Régie du logement (aujourd’hui le Tribunal administratif du logement) avait suspendu la majorité de ses audiences et l’exécution des jugements relatifs à la reprise de logements, aux évictions et aux expulsions de locataires. Bien qu’irritante pour les locateurs, cette décision avait permis à une certaine frange plus précaire de la population de passer à travers cette crise sans précédent.

Malheureusement, la pauvreté n’a pas disparu avec les mesures sanitaires. Face à une menace de récession et à une inflation galopante, nous croyons que la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, devrait agir selon la même logique que celle du temps des pires moments de la COVID-19. Qui plus est, la protection des locataires relève parfois, comme nous l’avons vu plus tôt, d’une question de vie ou de mort.

Nous espérons aussi que les questions relatives au logement seront au coeur des priorités du prochain gouvernement, et que ce dernier s’affairera à mettre en place de nouvelles dispositions qui permettront de mieux protéger les locataires. Un pas a déjà été franchi avec l’adoption de la loi dite « Françoise David » il y a quelques années. Nous espérons que c’est sur ce chemin que la société québécoise continuera d’avancer.

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