René Lévesque, héros national

«La probité, la droiture et la conscience morale de René Lévesque furent pour beaucoup de Québécois un élément d’adhésion à son projet et un exemple à suivre», affirme l'auteur.
Photo: Archives La Presse canadienne «La probité, la droiture et la conscience morale de René Lévesque furent pour beaucoup de Québécois un élément d’adhésion à son projet et un exemple à suivre», affirme l'auteur.

N’êtes-vous pas fascinés, vous aussi, de voir en action un être humain surdoué ? Ce fut le spectacle auquel nous a invités pendant des décennies René Lévesque. Pas un surdoué méprisant, hautain, non, un surdoué humain, prêt à vous faire comprendre les situations les plus complexes et, ma foi, à vous faire croire que vous êtes vous-mêmes très doués pour les saisir à votre tour.

Un don de la parole poignant, un orateur et un tribun hors pair qui, à l’émission télévisée Point de mire, à la fin des années 1950, expliquait à son auditoire les conflits internationaux les plus emmêlés, les plus compliqués, sans jamais le perdre en chemin.

Un homme d’une profonde culture, d’une connaissance précise de la langue française, qui pouvait vous construire un discours politique s’adressant tout à la fois à votre intelligence, à votre coeur et à votre âme. Je me souviens d’une assemblée électrisante au Centre Paul-Sauvé, je crois, dans les derniers jours de la campagne électorale de 1970, où nous avions acclamé notre héros pendant 12 minutes avant qu’il ne puisse prendre la parole.

L’histoire raconte que M. Lévesque était inquiet de voir cet engouement se transformer en hystérie. Personnellement, je crois que c’était une thérapie collective, car, pendant ces 12 longues minutes d’acclamations déchaînées, nous avons porté un message d’amour destiné à René Lévesque, mais aussi, et surtout, à nous-mêmes. Nous pouvions prendre nos affaires en main, nous étions compétents, intelligents, sensibles, il s’agissait de croire en nos capacités comme l’homme devant nous croyait en nous. Dans mon coeur, j’applaudis encore !

Il faut dire qu’il avait fait ses preuves, notre homme. Un tour de force incroyable en 1962 pour nationaliser l’électricité contre tout l’establishment, les tenants du statu quo aux poches bien remplies. En 1967, en bâtissant un parti sans caisse électorale occulte, grand pas vers une démocratisation des moeurs électorales. La politique de l’ère duplessiste, et les précédentes d’ailleurs, a nourri le sentiment que la politique était quelque chose de sale, qui le demeurerait toujours, ce qui nourrissait un fort sentiment d’impuissance.

Un exemple à suivre

Un homme s’est levé, l’a dénoncé et a mis en place des réformes pour y mettre un terme. Il avait gagné la confiance de centaines de milliers de Québécois, un ingrédient fort précieux pour rassembler, motiver et pousser le changement vers la souveraineté.

Je crois que l’être humain a autant besoin de moralité que de pain et de jeux. La probité, la droiture et la conscience morale de René Lévesque furent pour beaucoup de Québécois un élément d’adhésion à son projet et un exemple à suivre. […] Nous pouvions changer les choses, combattre l’injustice, organiser l’impensable, être nous-mêmes, être des apports au monde sans attendre les circonstances gagnantes.

M. Lévesque fut un grand rassembleur, un grand entrepreneur et un grand motivateur. Fonder un parti, s’entourer année après année de collègues talentueux et motivés prêts à se décarcasser pour la cause, même si les résultats attendus se font attendre. Convaincre un peuple que sa destinée lui revient est une oeuvre titanesque semée d’embûches.

Face aux tentatives de déstabilisation du mouvement souverainiste lors des événements d’octobre 70, il a condamné la violence sous toutes ses formes, tant celle des felquistes que celle du gouvernement fédéral, démontrant par là son bon jugement et sa juste lecture des réalités politico-sociales.

Sa pensée logique, implacable, a su démonter les mécanismes pervers de la fédération canadienne. Comme il le disait lui-même, une « maison de fous » dans laquelle dédoublement des ministères, visions de développement contradictoires et chicanes de champs de compétence ont fait, font (et feront encore) du Canada un ensemble politique toxique pour les Québécois.

Il a su nous faire rêver d’un monde meilleur, nous donner l’espoir d’une libération politique au service de tous, nous donner l’impulsion nécessaire pour que chacun d’entre nous puisse contribuer à l’avancement de la démocratie et de la justice. Sa parole liée à ses actes nous a amenés à être meilleurs, plus engagés, plus conscients des jeux de pouvoir.

Il nous a éveillés à l’importance de la connaissance, à la nécessité de nous prendre en main en vouant notre vie à notre bien-être collectif. René Lévesque est un héros national qui mériterait d’être intronisé et étudié comme tel dans nos écoles.

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