La réforme du scrutin, une promesse brisée

«Vous aviez pourtant fait une promesse aux Québécois et aux Québécoises, celle de changer ce mode de scrutin pour qu’il soit proportionnel», écrivent les auteurs.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Vous aviez pourtant fait une promesse aux Québécois et aux Québécoises, celle de changer ce mode de scrutin pour qu’il soit proportionnel», écrivent les auteurs.

Cher Monsieur le Premier Ministre,

Chère Madame la Ministre des Institutions démocratiques et de la Réforme électorale,

 

Les élections approchent à grands pas, et qui dit élection dit système de scrutin majoritaire uninominal à un tour. Cependant, ce mode de scrutin a prouvé à maintes reprises qu’il avantageait le parti gagnant, même s’il a de faibles intentions de vote. En effet, bien que la Coalition avenir Québec (CAQ) oscille à 45 % des intentions de vote, vous vous empareriez de plus de 80 % des sièges avec ce mode de scrutin : votre gouvernement aurait donc 100 députés sur 125. Ainsi, l’opposition — déjà malmenée depuis le début de la pandémie — serait presque réduite à néant. La démocratie en prendrait pour son rhume.

Vous aviez pourtant fait une promesse aux Québécois et aux Québécoises, celle de changer ce mode de scrutin pour qu’il soit proportionnel. Or, malgré la signature d’une entente avec les partis d’opposition et la promesse de ne pas « refaire un Trudeau », rien n’a changé. Au contraire, le 17 décembre dernier, vous avez même officiellement abandonné le projet de la réforme de scrutin.

Les conséquences de cette décision sont multiples et frappent spécialement les jeunes électeurs. Le taux de participation en témoigne : aux élections provinciales, seuls 42,1 % des 18-24 ans vivant en région ont voté. Ce mode de scrutin démobilise les jeunes, les rend cyniques devant la joute politique. Contrairement à ce que vous pensez, le peuple réclame un changement de scrutin, notamment les centaines de milliers d’adhérents à la Coalition pour une réforme électorale, comme cela est mentionné dans de nombreuses lettres ouvertes du Mouvement Démocratie nouvelle.

Même si cette situation avantage votre parti, M. Legault, vous avez eu une occasion en or de rendre les élections équitables, mais force est de constater que vous ne l’avez pas saisie. Si cette promesse avait été tenue, votre parti aurait pu se targuer d’en avoir été l’instigateur. De plus, même si vous êtes de ceux qui auraient pu perdre des voix et des sièges, vous auriez eu au moins le mérite de faire passer la démocratie devant les intérêts de votre parti.

Vous seriez ainsi passé favorablement à l’histoire du Québec, à l’instar de Bernard Drainville qui, sous le gouvernement de Pauline Marois, a modifié la Loi électorale afin de garantir des élections à date fixe et d’abaisser le plafond des contributions politiques pouvant être versées par chaque électeur de 1000 $ à 100 $.

Enfin, lorsque le 3 octobre prochain nous serons appelés aux urnes, votre gouvernement va inciter la population, et en particulier les jeunes, à aller voter, « parce que chaque vote compte ». Toutefois, votre volonté de ne pas réformer le système de scrutin contribue au cynisme, qui, lui, ne fait que s’accentuer avec le temps.

À la suite du dépouillement des voix, un bon nombre de politiciens s’étonnent du faible taux de participation chez les 18-34 ans : cette attitude témoigne d’un mépris total envers nous, les jeunes, qui représentons la relève du Québec. Puisque notre vote ne compte pas, nous, ainsi que plusieurs membres de notre génération, faisons face à un dilemme : irons-nous voter le 3 octobre prochain et, si oui, pour qui ?

Signé : des jeunes électeurs qui ressentent particulièrement le cynisme.

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