Pourquoi l’Europe a besoin du Canada et vice versa

«Il est clair que le monde globalisé que nous avons connu avant la COVID-19 ne reviendra pas», affirme l'auteur.
Photo: Frank Augstein Associated Press «Il est clair que le monde globalisé que nous avons connu avant la COVID-19 ne reviendra pas», affirme l'auteur.

Il pourrait sembler que l’Union européenne poursuit deux politiques énergétiques. L’une, prédominante jusqu’au 25 février dernier, est guidée par l’effort mondial pour éviter la crise climatique. Elle met l’accent sur une réduction des gaz à effet de serre, sur un remplacement graduel des énergies fossiles et sur un élargissement considérable aux ressources énergétiques renouvelables.

Depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, une autre politique énergétique s’est imposée afin de recentrer les efforts des Européens autour de nouveaux approvisionnements en charbon, en pétrole et en gaz en lieu et place des livraisons russes. Les gouvernements cherchent des voies de contournement pour élargir ou prolonger l’actuelle production d’électricité ou de chauffage domestique (certes toujours essentiellement basé sur les combustibles fossiles), ce qui force les diplomates et les compagnies à sécuriser de nouveaux approvisionnements énergétiques, surtout en gaz naturel liquéfié en provenance du monde entier.

Soyons clairs : fondamentalement, nos orientations n’ont pas changé. La neutralité carbone reste notre objectif, et je suis convaincu que nous y parviendrons, comme prévu, vers 2050. Ce qui a changé, c’est le monde autour de nous. L’agression brutale de la Russie de Poutine contre un pays indépendant a choqué notre société de telle manière que la routine habituelle n’est plus possible.

Pour le Kremlin qui exerce des pouvoirs dictatoriaux sur son vaste territoire et sur sa population, il doit être déconcertant de constater que nos gouvernements écoutent les voix de leurs citoyens. Oui, nous les écoutons pourtant, et ce que nos citoyens expriment très clairement, c’est qu’ils veulent que nous réduisions notre dépendance à la Russie. En République tchèque, plus de 90 % de la population soutient l’Ukraine. Nous avons accueilli 360 000 réfugiés ukrainiens (ce qui correspond à 4 % de la population du pays) et nous demeurons l’un des principaux fournisseurs d’armes à Kiev. Quand nous disons que nous appuyons l’Ukraine, ce n’est pas que des mots.

C’est pour cette raison que nous voulons nous débarrasser du pétrole et du gaz russes le plus tôt possible. Pour l’Union européenne, ce n’est pas là une tâche facile, notamment en ce qui concerne le gaz naturel. En 2021, plus de 40 % de la consommation communautaire provenait du gaz russe, 155 milliards de mètres cubes au total. Remplacer une telle quantité à court terme est difficile, mais pas impossible. Une des solutions est bien sûr d’importer du gaz naturel liquéfié ailleurs, et c’est ici que le Canada peut jouer un rôle important. Peut-être même plus important que celui qu’assument de nombreux pays en ce moment, cela pour des raisons de sécurité énergétique, bien sûr, mais aussi pour des raisons climatiques. Plus de gaz naturel liquéfié sur le marché signifie en effet moins de charbon consumé.

Il est clair que le monde globalisé que nous avons connu avant la COVID-19 ne reviendra pas. Du moins, pas avec le niveau de confiance et de dépendance mutuelles qui fut le nôtre pendant les trois dernières décennies. […] Plusieurs hypothèses sont examinées en ce moment de manière approfondie pour affronter la suite des événements. Chose certaine, il est probable que le monde se retrouvera divisé en plusieurs blocs. Espérons que ces blocs pourront encore coopérer dans une certaine mesure, notamment sur les problèmes clés de notre planète, comme les changements climatiques.

Néanmoins, il y a fort à parier que la priorité sera donnée à la promotion de l’unité à l’intérieur de chaque partenariat. L’alliance des pays démocratiques avec, en son cœur, l’Union européenne, les États-Unis, le Canada, le Japon, la Corée, l’Australie et la Nouvelle-Zélande sera notre refuge dans ce nouveau monde à la dynamique instable. Cette alliance sera peut-être moins solide que ce que nous avions espéré par les décennies passées, mais elle le sera beaucoup plus que si nous nous contentons de porter nos dossiers individuellement. Après tout, les pays démocratiques ne vont pas disparaître de la surface de la planète. Aussi bien qu’ils se soutiennent.

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