Être vert est un luxe

«L’option
Photo: Guillaume Levasseur Archives Le Devoir «L’option "zéro déchet" est un luxe qu’un nombre grandissant de ménages ne peuvent se permettre», écrit l'autrice.

Comme un nombre grandissant de personnes, j’essaie de limiter le plus possible mon empreinte écologique dans mes gestes du quotidien. Je suis loin de penser qu’à moi seule, j’ai le pouvoir d’apporter un grand changement, mais je suis de celles et de ceux qui osent espérer que chaque petit geste compte et que le fait de ne pas ajouter au désastre actuel est un strict minimum… Bien sûr, j’ai plus d’une fois provoqué de l’irritation en insistant pour qu’on remplisse mon contenant réutilisable au comptoir d’un marchand plutôt que de repartir avec un produit déjà emballé, mais c’est un bien petit désagrément comparé à la satisfaction de faire mon petit bout pour l’environnement.

C’est donc avec grand plaisir que j’ai vu apparaître les épiceries « zéro déchet » dans plusieurs quartiers de ma ville, dont une à deux pas de chez moi ! Ainsi, il est devenu possible de se procurer plein de denrées alimentaires, des produits d’entretien et d’hygiène personnelle sans ajouter à l’infâme continent de plastique qui sillonne nos océans ! Il y a même certains de ces commerces qui offrent des articles bios, donc qui ont été produits dans le respect de l’environnement et qui sont meilleurs pour la santé !

Tout cela est magnifique ! Sauf que… si on regarde les coûts souvent exorbitants rattachés à ce type de consommation, on se rend vite compte qu’il faut être riche pour être vert. En tant que travailleuse du milieu communautaire, je suis loin de vivre dans l’opulence, mais je bénéficie quand même d’une certaine marge de manœuvre. Je peux donc me permettre de payer un peu plus cher pour de la farine ou des pâtes alimentaires achetées en vrac (difficile de comprendre, d’ailleurs, qu’un produit sans emballage coûte plus cher qu’un produit emballé…).

Mais pour les familles qui doivent se débrouiller avec des revenus en dessous du seuil de la pauvreté, ce choix est inexistant ! Entre des spaghettis vendus en vrac à un prix exorbitant et ceux vendus au rabais au magasin à un dollar, la question de réduire le plus possible son empreinte environnementale ne se pose même pas. La seule considération, ici, est de tenir jusqu’à la fin du mois ! Si on ajoute à celales hausses de loyer spectaculaires qui ont cours partout au Québec et les taux records d’inflation, ce n’est même plus à l’épicerie que les familles doivent s’approvisionner, mais dans les banques alimentaires. Ces dernières n’arrivent d’ailleurs plus à répondre à la demande et viennent de lancer un cri d’alarme au gouvernement du Québec pour recevoir une aide supplémentaire de huit millions.

Bref, on aura compris que l’option « zéro déchet » est un luxe qu’un nombre grandissant de ménages ne peuvent se permettre. Il faut cependant reconnaître que leur empreinte écologique est bien négligeable à côté de ceux qui sillonnent nos routes en VUS.

Bien sûr, la vraie solution serait d’éliminer les problèmes à la source, en obligeant les grandes multinationales à cesser de produire du plastique et en interdisant aux constructeurs automobiles de fabriquer des véhicules polluants et surdimensionnés. Et, tant qu’à y être, on pourrait aussi donner la chance à tous les ménages d’avoir accès à un logement abordable et de qualité plutôt que de leur offrir des 4 et demie insalubres à 1400 $ par mois ! Mais pour que cela soit envisageable, il faudrait que les fondements mêmes du capitalisme soient un tant soit peu ébranlés. Or, il semble que la course au profit et le capitalisme soient encore bien à l’abri, même dans les épiceries « zéro déchet » !

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