Toutes sortes de fiertés

«Et je sais que le Québec est tout plein de gens fiers, pour toutes sortes de raisons et de toutes sortes de façons», écrit l’auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Et je sais que le Québec est tout plein de gens fiers, pour toutes sortes de raisons et de toutes sortes de façons», écrit l’auteur. 

Dans la foulée de l’adoption du projet de loi 96 et du récent congrès de la CAQ, il est beaucoup question de fierté ces jours-ci. Fierté du français, fierté du gouvernement Legault, fierté d’être Québécois.

Mais M. Legault et son parti ne sont pas les seuls qui sont fiers. Moi aussi, je le suis.

Du côté de ma mère, j’ai des ancêtres français qui sont au Québec depuis le XVIIe siècle, et des Irlandais qui y sont depuis le XIXe. Du côté de mon père, ce sont des juifs immigrés d’Europe centrale qui ont fini par s’établir au Québec au début du XXe siècle. Un de mes grands-pères, francophone, a été pilote de l’Aviation royale canadienne durant la Deuxième Guerre mondiale. Il a participé à la libération des Pays-Bas. L’autre, un anglophone juif né en Angleterre, a étudié le droit en français, était abonné au Devoir, et a maintenu son français tout au long de sa carrière au Québec.

Dans une société coloniale comme la nôtre, le passé est certes une chose complexe, mais je suis fier de mes origines hétéroclites.

 

J’ai un parent anglophone et un parent francophone. J’ai toujours parlé les deux langues. Parce qu’ils valorisaient le français, et savaient à quel point il était facile de le perdre, mes parents ont insisté pour que je sois scolarisé en français. Je parle anglais et français, mais je lis et j’écris beaucoup en anglais. Toutefois, le cinéma de mon enfance c’était autant Roch Demers que Disney, et je connais bien mieux Madame Bovary que Great Expectations.

Je suis fier d’avoir deux langues maternelles.

J’ai fait des études universitaires en anglais, aux États-Unis. Après, je suis revenu au Québec pour étudier la médecine, en français. En tant qu’étudiant en médecine, résident et pédiatre, j’ai travaillé un peu partout au Québec : Montréal, Brossard, Saint-Hyacinthe, Gatineau, Val-d’Or, Mistissini, Schefferville, Puvirnituq et ailleurs. Je soigne des patients en anglais et en français, parfois même en espagnol. Dans mon équipe, il y a des médecins étrangers qui ont étudié le français pendant des années, à leurs frais, pour passer l’examen qui leur permettrait de rester au Québec pour soigner les Québécois.

Je suis fier de mon travail et de mes collègues.

 

Je suis chanceux d’habiter un quartier montréalais dynamique, convivial, à échelle humaine. Je profite des services publics, des parcs, des bibliothèques, des pistes cyclables, de tout ce qu’une société prospère et solidaire peut offrir à ses citoyens. À quelques pas de chez moi, on peut prendre un excellent cappuccino préparé par un barista italien, tout en mangeant un bagel tout chaud ou un croissant frais, ou même un succulent spanakopita ou un sandwich au poulet péruvien : un tour du monde en quelques bouchées. Chapeaux noirs, cheveux gris, hidjabs, tatouages et porte-bébés se côtoient dans mon quartier, le plus souvent dans l’harmonie et la joie de vivre.

Je suis fier d’habiter ici.

Je n’ai pas l’habitude de passer mon temps à être fier. Mais je me dis que si on parle autant de fierté, je peux bien en parler un peu aussi. Et je sais que le Québec est tout plein de gens fiers, pour toutes sortes de raisons et de toutes sortes de façons. J’aimerais bien les connaître, ces fiertés, les voir et les entendre davantage sur la place publique, dans les médias, et surtout en politique.

Parce qu’un monopole sur la fierté, ça n’existe pas.

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