Nos églises, au coeur de nos communautés

L’intérieur de l’église Saint-Charles-Garnier, à Québec.
Photo: Pjposullivan Creative Commons L’intérieur de l’église Saint-Charles-Garnier, à Québec.

Ma grand-mère était enseignante de pastorale. Plus jeune, j’ai été servant de messe dans mon petit village de Sainte-Hénédine et j’ai fait partie des « Brebis de Jésus ». Je joue depuis longtemps dans des orchestres de toutes sortes et j’ai fait la tournée de certains villages du Québec avec des ensembles musicaux de cadets pour jouer dans les communautés. Les églises sont donc des bâtiments qui ont toujours fait partie de ma vie.

J’ai un grand attachement pour ce monument d’architecture et d’arts qui se dresse dans nos communautés, même si j’ai délaissé la pratique religieuse depuis un bon moment. Pour moi, elles sont devenues un centre communautaire, une salle de spectacle, un lieu de rassemblement. Il y a une sensation de bien-être et de sérénité qui se dégage de ces édifices.

L’Ensemble philharmonique de la Capitale, orchestre communautaire que je dirige, tient ses répétitions dans des églises depuis que je connais l’ensemble. Initialement à l’église Saint-Michel-de-Sillery, nous avons dû déménager nos locaux pendant la pandémie, puisque les anciens ne convenaient plus à notre orchestre qui grandit. Après plusieurs démarches, nous avons eu le plaisir d’emménager dans les locaux de l’église Saint-Charles-Garnier. Nos musiciens se sont rapidement adaptés (et attachés) à cette nouvelle église, qui est devenue notre nouveau chez nous et qui comblait nos besoins.

Quelle ne fut pas notre tristesse d’apprendre que cette église sera déclassée et que nous avons jusqu’au 20 juin pour quitter nos locaux !

Pour un orchestre communautaire comme le nôtre, c’est non seulement un deuil, mais aussi une source de plusieurs désagréments, puisque nous devons trouver de nouveaux locaux adaptés à la pratique orchestrale (tant pour l’espace que pour l’acoustique), qui offre un espace de rangement (difficile de déménager des timbales à chaque répétition) et qui est abordable (un orchestre communautaire ne roule pas sur l’or). Pour tous les organismes communautaires, c’est une dizaine de petits drames.

En dehors de leur vocation religieuse, nos églises jouent un rôle essentiel pour le milieu communautaire et elles sont le cœur des différentes communautés qu’elles servent. Elles accueillent plusieurs organismes qui n’auraient pas les moyens de s’installer dans d’autres endroits. Elles offrent un lieu de rassemblement accessible à la communauté. Elles sont des salles de spectacle abordables, avec une acoustique souvent unique, pour des ensembles amateurs/communautaires. En plus de contenir souvent plusieurs œuvres d’art (sans parler de leur orgue), elles en sont une elles-mêmes. Sans parler de toute la culture et de l’histoire qu’elles portent en leurs murs.

Bref, nos églises ont encore un énorme potentiel pour notre société, que ce soit comme centre communautaire, comme salle de spectacle, comme refuge, comme bibliothèque, etc.

Il serait bien qu’on apprenne un jour à apprécier à leur pleine valeur ces monuments. À y voir plus que leur signification religieuse, mais aussi leur rôle crucial au sein des communautés. Qu’on les repense et qu’on les convertisse en autre chose qu’un espace pour des condos. Qu’on saisisse l’énorme potentiel de ces édifices pour servir et rassembler une population énormément divisée, où le contact avec son prochain se fait de plus en plus rare. Qu’on y voie plus qu’un amas de matériaux et un terrain rentable, mais le cœur d’une communauté.

D’ici à ce que ce jour arrive, nous devrons continuer de nous battre pour assurer leur survie et permettre à un organisme communautaire comme l’Ensemble philharmonique de la Capitale d’y trouver un chez-soi.

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