Trudeau se trompe de cible avec les armes à feu

Obtenir une arme de poing au Canada est un processus très long, explique l’auteur.
Photo: iStock Obtenir une arme de poing au Canada est un processus très long, explique l’auteur.

À la suite de la récente sortie du premier ministre Trudeau dans la foulée du dépôt d’un projet de loi sur un nouveau contrôle des armes à feu à autorisation restreinte, […] certains faits sur les lois concernant les armes à feu au Canada […] ne semblent pas être pris en compte dans les médias traditionnels. Très peu de gens semblent renseignés sur les lois concernant les armes à feu à autorisation restreinte, comme les armes de poing, directement visées par le projet de loi du gouvernement de Justin Trudeau.

Tout d’abord, obtenir une arme de poing au Canada est un processus très long. Nous ne sommes pas les États-Unis. En ce qui me concerne, j’ai obtenu mon permis de port d’arme à l’adolescence pour pouvoir aller à la chasse avec mon père en Abitibi. Un port d’arme [donne] le droit d’acquérir et d’utiliser une arme de chasse. À la fin de la trentaine, je suis allé chercher mon port d’arme à autorisation restreinte, car j’aime beaucoup le tir et je voulais essayer quelque chose de nouveau. Le cours [donné pour obtenir ce port d’arme] dure un week-end et on y enseigne les différentes lois et la sécurité en matière de maniement d’armes. […]

Vient ensuite le « test d’aptitude de la loi 9 », qui dure une journée et qui permettra au détenteur d’un permis de port d’arme à autorisation restreinte de transporter son arme de sa maison au champ de tir, et vice versa. Il faut aussi enregistrer chaque arme auprès de l’officiel du club, et ce, lors de chaque visite. Oubliez [le projet] d’apporter votre arme dans le bois pour tirer sur des canettes avec vos amis. Cela est interdit et vous serez poursuivi au criminel [si vous le faites].

Pas question non plus de déroger à son trajet, sous peine de recevoir une amende salée et d’avoir peut-être un dossier criminel, qui dès lors vous enlève le droit d’acquérir ou d’avoir en votre possession une arme de poing. La loi 9 donne aussi le droit d’aller dans un club de tir régi par le gouvernement. Il faut alors être inscrit à un club, ce qui coûte quelques centaines de dollars par année. Pour conserver le droit octroyé par la loi 9, il faut être membre d’un club de tir et s’y rendre pour tirer au minimum une fois par année, sans quoi vous perdez le droit d’utiliser votre arme à votre club de tir et ne pouvez plus la transporter. Vous devez alors refaire le test d’aptitude de la loi 9.

Tous ces cours coûtent quelques centaines de dollars, en plus de l’acquisition de ladite arme qui, elle, coûte autour de 1000 $.

Lorsque tout ceci est en ordre, […] nous pouvons remplir une demande auprès du gouvernement pour obtenir notre carte de port d’arme à autorisation restreinte, qui comprend des questions sur la santé mentale, qui demande des références, etc. Dans mon cas, on a contacté ma conjointe pour savoir si elle craignait que j’aie des armes à feu à la maison.

Quand vient le temps de se procurer une arme de poing, il est quasi impossible de repartir avec l’arme la journée même. La boutique doit contacter le gouvernement du Canada pour faire enregistrer l’arme au nom de l’acquéreur et s’assurer que tout est en ordre.

Il m’a fallu 30 jours pour obtenir ma première arme et une semaine pour la deuxième. Se procurer une arme au Canada est très difficile. Le Canada n’est pas les États-Unis, où vous pouvez repartir avec une arme dans l’heure suivant son achat. Les différentes tueries aux États-Unis sont dues à la grande culture des armes là-bas et à la facilité de s’en procurer pour des gens aux prises avec des problèmes de santé mentale ou en détresse psychologique.

Cette culture des armes n’existe pas au Canada. Nous avons une culture de chasse, mais aucunement d’arme de poing. Tout cela remonte à la ruée vers l’or, quand les prospecteurs américains devaient se départir de leurs pistolets (en théorie) pour pouvoir accéder au Klondike, aujourd’hui le Yukon.

Ce que l’histoire nous a appris, c’est que si on rend une chose illégale, on crée de la contrebande en contrepartie. Pensons à la prohibition de l’alcool ou encore au cannabis, que le gouvernement canadien a légalisé et encadré pour combattre la contrebande. Les différentes tueries par armes de poing au Canada sont rarement faites avec des armes enregistrées et achetées de façon légale, mais plutôt avec des armes importées illégalement.

Il faut se souvenir du jeune William Rainville de Sherbrooke, âgé de 24 ans, qui a importé 249 pistolets illégaux en mars 2020 et a [écopé de] cinq ans de prison. Ces armes étaient fort probablement destinées à la rue, car si une de ces armes arrivait dans un club de tir par un dimanche après-midi, il y a fort à parier que la Sûreté du Québec arriverait en quelques minutes.

Personnellement, je préfère les lois strictes que nous avons actuellement en place à une interdiction complète ou, pis encore, à pratiquement aucune interdiction, comme chez nos voisins du Sud. Le gouvernement Trudeau semble vouloir faire preuve d’opportunisme [en surfant] sur la situation actuelle aux États-Unis et dans certaines grandes villes du pays pour faire plaisir à certains en démontrant qu’il agit dans le dossier de la violence par les armes. Mais [par ce moyen], il ne s’attaque pas au vrai problème des armes illégales qui entrent au pays et qui circulent librement et brime le droit de ceux qui comme moi suivent la loi.

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