Un modèle de société unique au monde

«L’éducation nous permet en effet de prendre conscience de notre situation et de nos conditions, exprimant ainsi notre volonté de dire
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «L’éducation nous permet en effet de prendre conscience de notre situation et de nos conditions, exprimant ainsi notre volonté de dire "maître chez nous" », écrit l'auteur.

Comme plusieurs nationalistes québécois, j’ai lu avec intérêt « Il faut oser dire la différence québécoise », le texte d’Étienne-Alexandre Beauregard publié récemment dans Le Devoir. Je souscris à la plupart des éléments mentionnés, que j’aimerais compléter avec quelques ajouts.

Il est indéniable que nos origines et les événements qui ont ponctué notre histoire déterminent en grande partie ce que nous sommes. À cela s’ajoutent la précarité linguistique et le territoire qui nous habitent, comme caractéristiques qui continuent de nous définir.

Ces éléments nous ont conféré des traits particuliers qui nous amènent à faire certains choix plutôt que d’autres, participant à transformer notre avenir. Pour oser dire la différence québécoise, il faut donc également aborder comment ils se manifestent à travers nos décisions collectives. Des CLSC (santé), en passant par la fin de l’exploration des énergies fossiles (environnement) aux congés parentaux (famille), nos choix ont érigé un modèle de société unique au monde. À la fois cause et conséquence de notre spécificité, celui-ci constitue la deuxième facette d’une même médaille, celle de notre identité.

Pendant l’année de mes 19 ans, en 2012, j’ai été particulièrement frappé par l’ampleur des soulèvements qui s’opposaient aux promesses de réduire l’accessibilité à l’éducation supérieure. Un débat qui n’avait lieu qu’au Québec. L’éducation nous permet en effet de prendre conscience de notre situation et de nos conditions, exprimant ainsi notre volonté de dire « maître chez nous ». Cela s’explique par le retard prolongé qu’avait pris le Québec en éducation, avant de se retrousser les manches en adoptant des réformes costaudes et uniques au monde qui façonnent toujours notre société. Du nombre, mentionnons le réseau des cégeps et celui des CPE.

Loin d’être une institution transitoire, les cégeps constituent une innovation désormais imbriquée dans le paysage du Québec. Leurs particularités ont contribué à démocratiser l’éducation supérieure et contribuent au développement économique, culturel et social du Québec, de façon encore plus marquée dans les régions. C’est ce qui a amené Guy Rocher à dire avec éloquence, à l’occasion de sa plus récente audition en commission parlementaire, que « les cégeps sont l’une des institutions d’enseignement qui exercent le plus d’influence à la fois sur la société québécoise et sur les étudiants qui la fréquentent ».

La création des CPE a aussi suivi le constat d’un retard en matière d’éducation pour la petite enfance, période déterminante de la vie de tout humain. Parmi leurs nombreux bénéfices, ils ont permis de favoriser l’accès au marché du travail aux femmes et d’offrir aux enfants une éducation de qualité à peu de frais. Ce qui a mené à d’importantes avancées en matière de lutte contre la pauvreté, d’égalité entre les hommes et les femmes et, bien entendu, d’éducation.

L’éducation qui découle de ces institutions, qu’on ne trouve nulle part ailleurs, est le fruit de nos choix et fait partie intégrante de la différence québécoise. Par leur accessibilité et leur qualité, elles favorisent tant la mobilité sociale que le développement et la cohésion du Québec. Leurs effets continueront d’exercer une influence durable sur nos modes de vie et notre façon de voir le monde. Elles contribuent d’ailleurs à en faire, malgré nos imperfections, un endroit plutôt enviable.

Et c’est parce qu’un peuple distinct a besoin de faire des choix qui lui correspondent qu’aucun nationalisme pleinement assumé ne peut nier la nécessité de son autodétermination. C’est pourquoi, pour pouvoir porter fièrement cette médaille, il me semble essentiel d’aller chercher l’indépendance permettant de décider entièrement par nous-mêmes, pour nous-mêmes.

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